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Markos ZAFIROPOULOS / Les sources littéraires de l’œuvre de Lacan – Le guerrier appliqué à… la passe

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Texte publié dans la revue en ligne n°3 – 2020 SYGNE.

Dans le champ freudien qui est notre champ de référence, on répète volontiers, et à juste titre que Lacan fut un très grand théoricien de même qu’un immense clinicien, comme il en fut naturellement du fondateur de la psychanalyse S. Freud.

Ceci est évidemment très juste, mais ne laisse pas les deux psychanalystes dans une relation de répétition simple, car si Freud reste pour la nuit des temps le fondateur de la psychanalyse, l’œuvre de Lacan n’est pas saisissable sans apercevoir notamment qu’il fut d’abord un lecteur. Un lecteur des textes de Freud, mais aussi un lecteur éminent de beaucoup d’autres textes théoriques avec lesquels il entre dans le champ freudien comme jeune psychiatre/psychanalyste dans les années 1930.

Et il y entre sous les traits de celui que j’ai nommé le « jeune Lacan », « jeune Lacan » qui fut notamment un Lacan durkheimien assez éloigné sur nombre de points du texte de Freud, car ce n’est pas lui faire injure que de dire que le premier Lacan n’était pas freudien sur toutes sortes de notions fondamentales (identification d’avant l’Œdipe, narcissisme originaire, instinct de mort, théorie du père inconscient avec le rejet de Totem et tabou, et ainsi du reste). Pour ce qui concerne la notion de père, disons pour faire court que le premier Lacan y voyait un imago très proche de celle du chef de famille, un imago variant dans ses capacités de structuration subjective des fils et des filles avec l’évolution de la valeur sociale de ce père sociologiquement donc évaluée. Autrement dit, pour ce jeune Lacan qui écarte la théorie freudienne de Totem et tabou, la valeur du père se déduit de sa valeur sociale et plus précisément encore de la valeur de la famille dont il est le chef. Répétons-le une fois encore, et comme dit inlassablement depuis 2001[1], la valeur de ce père est évaluée du point de vue des travaux sociologiques des fondateurs de la sociologie française au premier rang desquels Durkheim et Le Play. Ces auteurs considérant pour toutes sortes de (mauvaises) raisons que l’histoire de la famille en Occident aurait démontré un déclin de cette structure sociale, eh bien Lacan le jeune assurait dès 1938 que l’imago du père en Occident serait en déclin et que ce déclin aurait déterminé (au moins pour une part) l’émergence dans la culture de la psychanalyse. D’où le déchaînement dans le champ psychanalytique d’innombrables couplets composés sur le pont aux ânes du « déclin du père de famille » dont beaucoup usent pour fonder en autorité quelques théories des plus farfelues culminant par exemple sur celle de la disparition du complexe d’œdipe en Occident. Sur cette question centrale pour notre champ je renvoie les lecteurs intéressés à mon ouvrage Du père mort au déclin du Père de famille : où va la psychanalyse ?[2] Puisque mon Lacan et les sciences sociales est épuisé depuis longue date en France et en Amérique latine. Par contre nos lecteurs italiens peuvent maintenant et depuis peu, le lire sous l’intitulé Lacan e le scienze sociali[3].

Bon, je laisse de côté mon premier Lacan, car comme dit aussi depuis 2001 il y a un second Lacan. Un second Lacan qui, disons-le rapidement, fit retour à Freud par les chemins de Lévi-Strauss (c’est ma thèse sur le retour à Freud de Lacan)[4]. Dans ce retour, Lacan écarte radicalement ce qu’il avait promu jusque-là comme théorie du père, à savoir un imago d’allure sociologique, pour revenir à la théorie du père mort et inconscient de Freud (celle de Totem et tabou) que Lacan désigne et ressaisit dès 1953 sous le syntagme resté très célèbre : celui de Nom du père. Le père sous la plume de Lacan devient donc un signifiant.

 Il s’agit là de mon second Lacan, le Lacan structuraliste qui importe dans le champ psychanalytique la théorie du signifiant d’exception isolé par Claude Lévi-Strauss et les tenants de la linguistique structurale des années 1950. Qu’est-ce que ce signifiant d’exception ? Eh bien comme je l’ai découvert, puis beaucoup répété aussi pour notre communauté scientifique depuis 2003, il s’agit du signifiant flottant, du signifiant à valeur sémantique zéro qui a un statut inconscient (chez Lévi-Strauss lui-même) et qui a pour seul rôle de permettre à la pensée symbolique de s’exercer ou encore de garantir le rapport de complémentarité ente le signifiant et le signifié. Désigné de différentes manières (mana, orenda, wakan, etc.) dans différentes cultures comme le rappelle Lacan en 1953[5], il en retient la théorie anthropologique et lui donne son nom de baptême à Rome (forcément à Rome et pour nos sociétés occidentales) comme Nom-du-Père. La théorie du père ou de l’engendrement du fils inconscient évolue, se métamorphose donc puisque du Lacan I au Lacan II ils sont devenus tous deux des êtres de langage. Tel père, tel fils. Puis il y a un troisième Lacan, celui de mes Mythologiques de Lacan[6], le Lacan qui remanie une fois encore la théorie du Père pour en désigner la fécondité dans celle d’une figure de style : la métaphore. Du Nom du Père à la métaphore paternelle, disons pour aller vite que Lacan bouleverse une nouvelle fois la théorie du père qui n’est plus (ou plus seulement) pour lui et comme on l’a dit un signifiant d’exception, le père devient une figure de style, une structure à quatre termes comme il en est du mythe d’œdipe par exemple, que Freud a logé depuis toujours au cœur de la structuration inconsciente du sujet de la névrose. Le sujet de l’inconscient est donc bien fils du mythe œdipien en Occident assure Lacan, mais il renverse le point de vue freudien quant à l’analyse de ce mythe puisque — avec ce que j’ai appelé la révolution du phallus[7] —, Lacan affirme que ce n’est pas tant l’enfant qui veut la mère, mais la mère qui veut l’enfant. Avec Lacan la cause du désir incestueux se déplace donc de l’enfant vers la mère. Ce qui a toutes sortes de conséquences décisives et permet notamment de comprendre pourquoi l’enfant doit (du point de vue de Lacan toujours) se défendre du vouloir mortifère et incestueux de la mère en érigeant un fantasme fondamental qui apparaît clairement comme une solution de défense. Une solution de défense élaborée par le sujet qui toujours est menacé d’implosion par la jouissance morbide et fétichiste de la mère. Le fantasme chez Lacan est donc une solution, une solution de défense évidemment œdipienne, une solution oui, mais une solution qui se referme sur le sujet de la névrose et constitue ce que j’ai appelé sa prison de verre (dans le premier volume des Mythologiques de Lacan). L’élaboration de cette prison de verre est donc causée par la volonté de jouissance incestueuse de la mère et dépend également de la valeur du père, mais de sa valeur symbolique, qui selon ce troisième Lacan varie selon l’histoire de la mythologie occidentale. Ceci est capital à comprendre pour notre orientation psychanalytique puisque se déprendre de cette prison devient pour Lacan et à partir des années 1960 (année du Séminaire Le désir et son interprétation) le point de visée de la cure. J’ajoute tout de suite et compte tenu notamment de la présence d’un article de Colette Soler dans ce troisième numéro de Sygne qu’il y a encore bien sûr d’autres Lacan dont un tout dernier situant le père comme « un symptôme, ou un sinthome, comme vous voudrez », disait-il[8] en hellénisant la langue. Un Lacan qui chercha à refonder encore la psychanalyse, notamment par la voie de la lecture de Joyce dont Lacan déduit un nouvel univers théorique qui est de mon point de vue spécialement congruent avec cette question qui fut, je crois, la sienne tout au long de sa recherche, à savoir celle de la psychose (et donc du père) au moins dans sa version maniaque propre à Finnegans Wake.

Alors je dis tout cela maintenant pour rappeler d’abord le tracé de ma recherche qui scande le corpus de Lacan selon ses ruptures concernant la théorie du père, mais aussi, pour rappeler et comme déjà dit dans le premier volume de mes Mythologiques, l’élaboration de la théorie du fantasme qui accompagne (ou exige) une reformulation de l’issue de la cure pour Lacan. Reformulation qui a notamment motivé mon choix d’intervenir pour cet article par la reprise du Guerrier appliqué[9] car c’est un texte sélectionné par Lacan lui-même pour traiter de la question de la passe et donc du fantasme (ou de sa traversée) comme nous le verrons plus loin. Mais pour cette introduction je voulais aussi et très simplement souligner d’emblée que, comme déjà dit aussi, et à la différence de Freud, Lacan fut d’abord un lecteur. Disons pour ce dossier un lecteur de Freud évidemment, mais aussi un lecteur de Paulhan, de Joyce, de Gide, etc.

Et du coup il m’est venu assez simplement l’idée de vouloir mettre l’accent pour ce numéro de Sygne sur les sources littéraires de l’œuvre de Lacan étant entendu que Lacan, comme je viens de le rappeler, fut bien un lecteur des textes théoriques (Freud, Wallon, Durkheim, Le Play, Lévi-Strauss, Hegel, Gödel, etc.), mais aussi un lecteur des grands textes de la littérature occidentale dont j’ai commencé l’étude avec les deux premiers volumes de mes Mythologiques de Lacan. Avec mes Mythologiques émerge donc un troisième Lacan, un troisième Lacan lecteur de la mythologie occidentale, lecteur critique d’Œdipe Roi, d’Œdipe à Colone, du Diable amoureux, d’Hamlet, d’Antigone, de la trilogie des Coûfontaine, etc.

Alors, première question simple : pourquoi Lacan use-t-il tant des grands textes littéraires ? Eh bien pour de nombreuses raisons évidemment, mais disons d’abord qu’en convoquant les grands textes de la littérature des sociétés occidentales, Lacan ne vise pas à illustrer sa propre recherche analytique par des fragments littéraires, il ne tente pas non plus d’expliquer les textes (ou leurs succès) par un recours à la subjectivité d’auteurs qui ont fomenté les textes comme le fit Freud. Freud qui expliquait volontiers la tragédie d’Œdipe et son grand succès par le complexe qu’il disait universel. Le point de vue de Lacan est strictement inverse à celui de Freud. Pour lui le sujet de l’inconscient et son évolution historique se déduisent des grands textes. D’où cette prise de position souvent reprise par mes soins et placée en exergue du premier volume de mes Mythologiques : « je soutiens et je soutiendrai sans ambigüité — et, ce faisant, je pense être dans la ligne de Freud — que les créations poétiques engendrent, plus qu’elles ne les reflètent, les créations psychologiques » (Le désir et son interprétation, 4 mars 1959).

Pour Lacan le sujet de l’inconscient se déduit des grands textes. Et pour s’y retrouver notamment quant à l’évolution historique de la structuration de ce sujet de l’inconscient qui est l’objet même de la psychanalyse  évolution souvent expliquée de manière fort naïve dans le champ psychanalytique par la convocation de médiocres essais sociologiques engendrant du même coup l’incroyable pullulement de médiocres essais psychanalytiques sur ce thème  il faut donc lire les grands textes de la culture occidentale et montrer notamment pourquoi par exemple (et comme l’a fait Lacan) Œdipe n’est pas Hamlet ou pourquoi le héros antique n’est pas le héros moderne, étant entendu notamment que ce dernier hérite d’un appareillage particulier qui est celui du fantasme émergeant historiquement, relève Lacan, avec la névrose au temps de la mort des dieux (thème où l’on retrouve la délicate question du père mort). J’y reviendrai, mais pour cet article, on voit tout de suite au moins que pour nous qui sommes des lecteurs de Lacan, il faut d’abord apercevoir que nous ne faisons que dupliquer son acte de lecture de manière quasi fractale. Dès lors pas moyen pour moi d’éviter par exemple de suivre le Lacan des Mythologiques parti sur la trace de grands textes, et pas moyen de laisser de côté l’idée simple selon laquelle avant d’écrire, Lacan fut saisi par l’acte de lire. Cet ordonnancement des actes de Lacan (lire puis écrire) étant d’ailleurs de son point de vue un ordre générique puisque pour lui et au plan anthropologique la lecture précède l’écriture. L’homme a lu avant d’écrire. Faut-il en effet rappeler que les sociétés sans écriture ne sont pas des sociétés sans lecture ?

Son ami Lévi-Strauss raconte d’ailleurs que lui-même lisait les affiches, etc. dans sa poussette et qu’un jour, comme il arrive quelquefois, l’entourage s’aperçut que l’enfant savait lire avant même tout apprentissage dédié. Et Lévi-Strauss d’ajouter qu’il sortit de sa poussette comme lecteur, mais aussi comme structuraliste, car c’est de la différence entre les lettres que lui était apparue la lumière des significations produites par la différence.

Bien, Lacan fut donc un lecteur. Et là où Lévi-Strauss analysait des mythes des traditions orales pour rendre compte des cultures non occidentales (notamment amérindiennes), Lacan, lui, s’est mis à lire de manière systématique les grands textes littéraires de la culture occidentale puisque comme je l’ai indiqué supra, il considérait ces textes comme le lieu d’engendrement de la subjectivité inconsciente occidentale (et de l’évolution historique de cette subjectivité).

De son point de vue par exemple la tragédie des Coûfontaine ou encore la position de Sygne comme caractère quant au désir (le refus) doit être rapportée, pour être bien comprise, à cette sorte de déboîtement mythique qui est au ressort de l’évolution de la littérature occidentale — disons d’Œdipe à Hamlet jusqu’à la trilogie de Claudel présentée comme la forme contemporaine de l’Œdipe. Relevons d’ailleurs que l’analyse de cet Œdipe « d’aujourd’hui » fut présentée par Lacan dans son séminaire Le transfert de 1961, ce qui au passage semble bien indiquer que du point de vue de Lacan et durant plus de vingt-cinq siècles c’est bien cet opérateur du mythe œdipien (ou mieux dit : la pluralité de ses formes historiques) qui a structuré en Occident le sujet de l’inconscient et du même coup a motivé les symptômes névrotiques de ce sujet de l’inconscient. Sur ce point j’indique donc une nouvelle fois rester fort perplexe sur l’idée d’une radicale disparition de cet opérateur de structuration (l’Œdipe) dont Lacan atteste la présence et analyse les formes contemporaines en 1961. Solide, mais polymorphe durant plus de vingt-cinq siècles, l’Œdipe fort complexe se serait donc pour certains théoriciens de la psychanalyse évaporé en une cinquantaine d’années ? Disons simplement que j’en doute fort au simple regard de mon expérience clinique et au moins pour ce qui concerne ceux qui parmi nous ne sont pas sujets à la psychose. L’opérateur œdipien est-il obsolète ? Non je ne le crois pas du tout. Mais progressons, et j’ajoute pour ce texte introductif que si Lacan fut un immense clinicien il est facile aussi de remarquer qu’il ne s’appuie qu’assez peu sur quelques grands cas issus de sa propre expérience clinique, à la différence de Freud, si ce n’est dans sa thèse et quelques autres textes. Une fois ceci aperçu, on peut alors aussi repérer très facilement que ce qui dans le corpus de Lacan prend la place des cas sous transfert ce sont précisément les cas de Freud revisités par Lacan (Dora, le petit Hans…) ou encore les héros des textes littéraires sélectionnés par ses soins (Œdipe, Antigone, Médée, Hamlet, Alvare, l’Avare, Sygne de Coûfontaine, le jeune Gide, Lol V. Stein, Joyce…).

Il y a donc de mon point de vue à faire une étude systématique des sources littéraires de l’œuvre de Lacan visant notamment à mettre au jour dans chaque cas ce que Lacan visait par l’étude du texte choisi. J’indique tout de suite que c’est par exemple la mise au point de la théorie du fantasme qu’il visait par sa lecture d’Hamlet et que ce point de visée n’est pas tout à fait celui de la sublimation qu’il visait avec son texte en hommage à Marguerite Duras[10]. Cependant et de son point de vue, si la lecture de Duras à laquelle il rend hommage mobilise la théorie de la sublimation, Lol V. Stein ou plutôt son caractère, est à lire avec la théorie du fantasme au féminin. Autre exemple enfin, et après la lecture de l’ouvrage de Colette Soler Lacan lecteur de Joyce[11], on peut peut-être dire que la lecture de Joyce par Lacan visait à toutes sortes de choses dont probablement aussi à remanier la théorie de la suppléance à la carence du père via l’étude des textes publiés du poète. L’ensemble permettant de convoquer par exemple la manière dont Joyce « s’est fait sinthome, réussissant à boucher par son nom d’énigme ce fondement de vide à quoi il avait identifié le père » écrit joliment Colette Soler[12]. Bon, je signale donc assez simplement que pour chaque texte élu par Lacan c’est bien le moment de sa recherche psychanalytique dans lequel il se trouve qui est au commandement de sa lecture. Autrement dit, je pose qu’il faut savoir situer pour nos propres travaux ce qui d’un point de vue épistémologique motive le choix de Lacan pour tel ou tel texte puisque c’est essentiel pour élucider le choix du texte fait par Lacan et surtout ce qu’il en dit.

Autrement formulé et pour notre propre recherche, il faudrait donc établir la série exhaustive des textes ou des auteurs choisis par Lacan pour établir ce que j’appellerai simplement les sources littéraires de l’histoire de la pensée de Lacan. Histoire de la pensée, l’expression est un peu vieillotte et certainement trop classique pour notre champ, mais elle me convient assez bien puisque c’est ce que je fais. Ceci expliquant d’ailleurs et entre autres choses ma grande lenteur dans l’élucidation historique de la recherche de Lacan ou dans l’élucidation de son désir. Bref, il faudrait établir la liste exhaustive des textes sources de Lacan et dégager ce que j’appellerai le principe de lecture ou d’agencement de sa bibliothèque littéraire, théorique, etc. Établir le plan de la bibliothèque de Lacan pourrait donc être non pas un but de ma recherche, mais au bout du compte un de ses effets.

Bon, alors, en ouvrant la bibliothèque de Lacan j’en sors maintenant le dossier de la passe, qui est un dossier éminent pour toutes sortes de raisons, et notamment pour ceci, qu’il est largement polarisé par ce que l’on pourrait appeler la modification morphologique ouvrant la porte de sortie de la névrose ou encore la modification ouvrant vers cette sorte de défilé par lequel l’analysant jusque-là enfermé dans ce que j’ai appelé la prison de verre du fantasme, aperçoit l’issue qu’il pourrait emprunter pour s’extraire de l’enfermement et basculer vers le réel. Basculer avec plus au moins de grâce en lieu et place de psychanalyste si d’aventure il le voulait.

Alors la passe ? Je vais essayer d’aller vite, mais pour ceux qui ignorent tout du dossier il faut d’abord rappeler ici simplement que le 9 octobre 1967[13] Lacan a proposé un dispositif dont l’enjeu était de recueillir les témoignages des analysants supposés être dans ce moment de passage. La proposition fit débat parmi les analystes de l’Ecole freudienne de Paris et notamment quant à la place éminente qu’y trouvaient les analysants, place jugée quelquefois par trop exorbitante par quelques membres de son École. 

Dans sa réponse du 6 décembre 1967,[14] Lacan persiste pourtant et confirme que sa proposition vise à « mettre des non-analystes [i. e. des analysants] au contrôle de ce qui résulte de l’acte analytique », au contrôle de « la clé de sa terminaison », et ceci au motif notamment que « les analystes — écrit Lacan — s’arrangent pour que ne sorte de leur expérience qu’une production si stagnante, incomestible au-dehors (…) qu’il est vain d’espérer qu’elle établisse son épistémologie. »

Bon, le coup est rude et bien dans l’esprit de Lacan.

Il fait du non-analyste le garant de la psychanalyse ; mais a-t-il vraiment le choix puisqu’après tout c’est bien lui, le psychanalysant, qui in fine tranche dans l’expérience et décide pour une part au moins de son issue. Le psychanalyste, « n’est-il pas toujours en fin de compte, écrit Lacan, à la merci du psychanalysant et d’autant plus que le psychanalysant ne peut rien lui épargner ». Et il précise : « ce qu’il ne peut lui épargner, c’est ce désêtre dont il est affecté au terme de chaque analyse et dont je m’étonne de le retrouver dans tant de bouches depuis ma proposition, comme attribué à celui que j’ai connoté dans la passe du terme de destitution subjective ». Et Lacan conclut : « on est bougrement plus dur dans l’être pourtant, personne ici ne le sait donc, quand on abdique d’être sujet ».

J’insiste sur cette relation antagonique qu’établit ici Lacan entre l’être et le sujet, car elle fait apercevoir clairement qu’entre l’être et le sujet il y a une sorte d’opposition radicale, ou de choix forcé, entraînant le fait que pour être, il faut endosser cette sorte d’abdication subjective très peu goûtée par notre modernité. En tous les cas — et du point de vue de Lacan —, cette abdication subjective aurait été largement ignorée par ceux auxquels il s’adressait alors en précisant :

On voit que vous n’avez jamais été à la guerre, vous êtes tous à quelques degrés enfants de Pétain, en 14 pas nés encore. Pour vous c’est immémorial ; il en reste pourtant un témoignage à la hauteur, pour être ni d’un futuriste qui y a lu sa poésie ni d’un salaud de publiciste rameutant le gros tirage : c’est Le guerrier appliqué de Paulhan. Lisez ça pour savoir l’accord de l’être avec la destitution du sujet.

En choisissant Le guerrier appliqué dans sa bibliothèque je me laisse donc commandé par Lacan.

Bon, je contracte et force le trait pour souligner que dans cette logique, comme on le voit, plus il y a de sujet et moins il y a d’être et inversement. « L’accord de l’être » va avec « l’abdication du sujet », voilà l’axiome dont il s’agit dans la passe selon Lacan. Et comme selon lui ses auditeurs auraient tous par quelque côté été des enfants de Pétain, ils n’auraient pu avoir la mémoire de l’abdication guerrière de leur subjectivité, car, pas nés en 1914.

Au passage j’avoue rester perplexe une fois encore, car Lacan enjambe ici la Seconde Guerre où les nés en 1914 auraient eu vingt-six ans en 1940 et cinquante-trois en 1967, moment de son discours ; rien donc ne semble s’opposer logiquement à ce qu’ils aient eu eux-mêmes l’expérience de l’abdication du sujet dans cette expérience de la Seconde Guerre mondiale, que quelques-uns d’entre eux avaient bien dû avoir.

Bon, je passe, c’est le cas de le dire, et en tous les cas, ce qui par Lacan est assuré c’est qu’il faut lire Le guerrier appliqué pour avoir quelque idée de l’accord entre l’être et l’abdication du sujet. Dans une autre version de ce texte, Lacan est encore plus clair, car il qualifie la destitution en ces termes : « Le guerrier appliqué, c’est la destitution subjective dans toute sa salubrité »[15]. Bon, c’est peut-être encore un peu opaque pour certains lecteurs, mais ce qui apparaît clairement en tout cas est qu’une des sources de la théorie de la passe chez Lacan ne découle pas de son expérience clinique, mais de la lecture du texte de Paulhan dans lequel l’écrivain raconte sa guerre ou, mieux dit, Paulhan raconte ce qu’il éprouva comme conséquence de son abdication subjective motivant notamment son engagement volontaire au tout début de ce que l’on appelle volontiers la Grande Guerre. Et pour nous conduire à l’énoncé de ces conséquences, je dirai brutalement que son engagement dans la guerre et son abdication subjective conduisirent tout droit Paulhan à la situation de l’homme « commandé » qui offrit enfin son corps à la blessure qu’il reçut au Bois Saint Mard le 25 décembre 1914.

Vous avez tous lu l’ouvrage ou vous le lirez — car Lacan le demande — et vous connaissez Jean Paulhan qui fut l’animateur de la Nouvelle Revue Française à partir de 1925, soit encore ce personnage qui régna sur les lettres françaises durant plus de quarante ans et pour lequel je rappellerai rapidement aussi qu’il fut élu à l’Académie Française en 1945. Au total donc je dirai que Paulhan fut une sorte de phare de la littérature française et que de ce point de vue il est assez remarquable que la courte note d’introduction rédigée par l’éditeur du Guerrier appliqué (Gallimard) indique qu’il s’agit d’une « figure quelque peu mystérieuse ».

Quoi ? Paulhan, ce phare de la littérature, ce prince des lettres devrait être présenté comme une sorte de mystère ?

Mystère, mais quel mystère ? Eh bien, disons-le rapidement, la vie de Paulhan n’apparaît pas toujours des plus transparentes puisque l’on sait par exemple, qu’après la Libération, il accepta de participer à la revue de Sartre Les Temps Modernes à la condition toutefois d’user du pseudonyme de Jacques Maast sur lequel beaucoup se sont interrogés faute peut-être d’avoir simplement lu les premières lignes du Guerrier appliqué : « je parais plus grand que mon âge — je m’appelle Jacques Maast, et j’ai 18 ans ».

Si l’on en croit ce choix pour le nom propre du Guerrier appliqué, Jean Paulhan le mystérieux disait Gallimard, « Jean Paulhan le souterrain » disait Leo Bersani, fut donc de manière assez sensible, marqué, voire radicalement modifié, par l’expérience de la guerre. Et lui, l’anarchiste mondain qui rêvait notamment de revenir à la terre par le biais d’une révolution violente s’y retrouve enfin, mais sous le coup de l’hostilité guerrière, et sous le coup de son choix pour l’abdication subjective qui l’aura conduit d’une main sûre « au rang d’un homme que l’on a commandé (…) surpris de le trouver riche de pensée et de sentiment ».

« La dignité des animaux me frappait — poursuit-il — des corbeaux volaient avec cérémonie au-dessus de notre bois ou bien s’abattaient dans les sentiers (…) j’éprouve pour la première fois, dans ce péril, la plénitude et l’assurance de la vie » écrit le guerrier sur le champ de bataille[16].

La plénitude et l’assurance de la vie se payent donc bien ici de l’abdication subjective et de cette sorte de consentement à être un homme commandé.

Et Paulhan remarque que son désarroi antérieur à la guerre ne devait donc son explication qu’à cette sorte d’hostilité du monde « pas assez puissante pour m’obliger à vivre sous sa menace ».

Avec la contrainte hostile de la guerre, la bascule opère, la nature passe au dedans de lui et il découvre la liberté : « la liberté me vient de la contrainte qui pesait sur moi (…) la terre immense participait alors de ma vie intérieure (…) prés, forêts, terres utiles ».

 La nature passe au dedans de lui, « près, forêts, terres utiles » … nul doute que ce fut bien cette sorte de retrouvaille avec l’être de la nature passé en lui, cette sorte de liberté découverte dans la guerre que Paulhan commémora en reconduisant au Temps modernes le mystère où il se fond dans l’ombre de Jacques Maast pour lequel il abdique son nom propre.

Notons que cette abdication du nom propre et le choix pour le commandement de l’autre compensé par ce supplément d’être vers lequel il tâtonne, trouva sa correspondance pour ce qui le concerne dans l’expérience de l’amour ou de l’érotisme, puisque Paulhan dirigea, comme on le sait, la Revue Française aux côtés de sa compagne qu’il tint secrète et qui n’était autre que Dominique Aubry ou encore Anne Desclos, mieux connue peut-être (au moins tardivement, depuis 1994, la dame avait alors quatre-vingt-six ans) sous le nom de Pauline Réage, l’auteure d’Histoire d’O « un chef-d’œuvre de la littérature érotique », indique son éditeur (Le Livre de Poche). D’aucuns affirment qu’Histoire d’O, publié en 1954, est l’ouvrage fondateur de la littérature libertine au féminin. Peut-être, mais Histoire d’O est plus précisément encore une sorte de long récit masochiste probablement écrit par Pauline, la maîtresse secrète de Paulhan. Pauline/Paulhan, Paulhan qui se découvre donc comme l’amant de la contrainte suffisamment forte, l’amant du commandement libérateur, l’amant de l’abdication subjective qui s’est découvert dans la guerre comme un être pur fêtant ses retrouvailles avec le réel de la nature passé en lui-même (la terre, l’eau, etc.) et devenu Jacques Maast.

Après cette abdication subjective le faisant docile au commandement, comment mieux dire la plénitude de l’être, ou de l’être-là, qui éprouve ce style de liberté qu’il qualifie comme : une « liberté qui n’entre dans aucun devoir ». Dans aucun devoir ou dans aucun dialogue intérieur dirions-nous pour capitonner cette analyse du Guerrier appliqué sur le dialogue du fantasme qui met toujours le sujet à l’heure de l’Autre[17]. Cet Autre et sa volonté dont ordinairement celui qui est sujet à la névrose se défend par l’érection de sa prison de verre motivant pourtant son impuissance et son retard à l’acte.

Ainsi en fut-il du jeune prince de Danemark dont Lacan fait le paradigme de « l’homme moderne », Hamlet le prince du fantasme protégeant son propre corps de toutes ces blessures qui menaceraient d’en finir avec ce qu’il était comme moi idéal typique ou autrement dit comme phallus de la mère. Hamlet protégé, mais Hamlet impuissant. Vous savez la suite : c’est au prix d’une blessure libératrice que le jeune prince libère son bras et frappe enfin l’amant de sa mère remariée à la hâte avec le frère et l’assassin de son père Hamlet 1er. Pour que la puissance revienne au jeune prince, il aura donc fallu une blessure qui en finisse avec ce phallus de la mère qu’il incarne. Dans cette tragédie shakespearienne du fils mal commandé par un père mort, les retrouvailles avec la liberté pour lui et la décence pour la cité se font attendre bien longtemps. En guerre, Paulhan reçoit la blessure au jour de Noël comme un étrange cadeau l’introduisant à l’écriture. En guerre, l’homme commandé, Paulhan devenu Maast, abdique. Il abdique et renonce à cette rançon moi idéal-typique autour de quoi l’ordinaire névrotique de la modernité secrète et organise la défense de l’appareil du fantasme, fantasme par lequel le fils sans marque ni blessure (celles de la castration) se fait le phallus increvable de la mère au prix de sa propre impuissance. En guerre, Maast est emporté par l’acte, il retrouve alors la nature. Autrement dit et — je vais vite — parce qu’il est « arraché par quelque côté à la structure »[18] et, disons-le, arraché par quelque côté… à la structure des signifiants, il vient s’installer au lieu de cette pure synchronie qu’il ne peut mieux rapporter qu’à « ce que peut être à l’eau son niveau » écrit le poète[19]. Avec cette terre immense qu’il prend enfin en lui, ces prèsces forêts, qui le conduisent à cette sorte de sentiment de ce que peut être à l’eau son propre niveau, comment mieux dire le supplément d’être résultant de l’abdication subjective qui fut le sien ?

Par une sorte de déboîtement historique rétroactif, on retrouve avec ce guerrier appliqué de la Grande Guerre moderne une sorte de héros antique qui pour Lacan incarne l’homme d’avant le fantasme et se trouve aussi bien incarné, mais d’une tout autre manière bien entendu, par Antigone. Antigone dont Lévi-Strauss assurait à Lacan qui n’a fait que le répéter, qu’elle incarnait — par son obéissance absolue aux lois des dieux, son choix intraitable d’ensevelir son frère et son entrée vivante au tombeau —, la synchronie de l’acte contre la diachronie incarnée par Créon. Beaucoup de traits opposent sans doute Maast et Antigone, mais je choisis ici de les rapprocher au motif de ce qui les conduit à rejoindre la nature par la voie de l’abdication de leurs subjectivités, l’une offerte au commandement guerrier (Maast), l’autre offerte aux dieux des Hadès (Antigone). Les deux rejoignant aussi bien l’être rien d’Œdipe à Colone, qui lui s’arrache à la structure du signifiant du fait qu’il choisit d’être enseveli dans un lieu dont on ne sait rien[20]. Tous ces héros exercent leur liberté sacrificielle sans barguigner et incarnent — de manière différente — l’homme de la passe, l’homme dépris de la prison de verre du fantasme qui enserre le sujet dans les chaînes signifiantes de son axiomatique fantasmatique. L’homme prisonnier de la modernité.

D’où l’idée développée dans mes Mythologiques soutenant que si Lacan suit les héros antiques à la trace, ce n’est pas par goût de l’analyse des mythes, c’est parce qu’ils incarnent l’homme d’avant le fantasme et qu’il cherchait via l’expérience psychanalytique une solution aux embarras de l’homme moderne enfermé dans sa prison de verre. Et tous, Maast, Antigone, le vieil Œdipe célèbrent à l’occasion quelque bacchanale avec la nature retrouvée, les prés, les forêts, l’eau du lac, le rocher froid ou enfin la simple terre d’un tombeau anonyme. D’où l’idée que se défaire de la chaîne signifiante et des mâchoires du fantasme c’est se défaire de ce nouage ($ ◇ a) qui dans la modernité, assure Lacan, poinçonne le sujet au joint de la nature et de la culture. Raison pour laquelle j’ai enfin proposé l’idée selon laquelle la dissolution du fantasme ou encore cette sorte de coupure qui s’opère avec l’abdication séparant le sujet de l’objet (a) rend l’homme à sa liberté d’acte, mais aussi à sa plénitude d’être de nature, ici bien formulée par le guerrier appliqué.

Le guerrier appliqué à… la passe. On sait que depuis 1950 Lacan[21] cherchait la même chose que Lévi-Strauss, à savoir rendre compte de ce qui fait joint entre la nature et la culture ; il y répondait en 1950 par la logique de la formation originaire du surmoi (formation originaire d’avant l’Œdipe)[22], et je pose maintenant l’hypothèse qu’il y répond en 1960 (Le désir et son interprétation) par la logique du fantasme qui capitonne la chaîne signifiante au réel de l’objet (a), objet (a) qui par quelques côtés peut être considéré comme un des noms de la nature chez Lacan ou disons un des noms du réel. L’abdication subjective qui détermine l’entrée dans la passe sépare bien l’objet du sujet en état d’abdication — comme on dit d’un roi qu’il abdique — et comme il en fut du vieil Œdipe qui refusa de revenir à Thèbes pour choisir de se fondre dans l’éternelle nuit du tombeau anonyme offert par le Roi de Colone.

Alors, se défaire du nouage fantasmatique et de sa tyrannie volontaire, se défaire par quelque côté de la chaîne signifiante et abdiquer quant à sa subjectivité pour obtenir un supplément d’être réel — un supplément de splendeur de l’être aurait peut-être dit Joyce — je ne sais si cela atteint ces fers de la lalangue qu’évoque le dernier Lacan, mais pour ma recherche je voulais simplement ici et pour mes Mythologiques de Lacan ou pour mon étude de la bibliothèque de Lacan, je voulais ajouter à Œdipe Roi, mais aussi au cavalier espagnol Alvare[23] ou encore à Antigone ou au prince de Danemark Hamlet, je voulais ajouter pour vous mes lecteurs, je voulais ajouter  Jean Paulhan devenu Jacques Maast dans la passe.

Au moment où répétons-le les modernes protestent de leur droit inaliénable à leur position de sujet, on voit à quel point la position et la proposition du psychanalyste peut être inactuelle et située à l’envers du mépris de l’objet, mépris perpétuellement relancé par quelques discours sur les embrouilles entre les genres, mais c’est une autre histoire sur laquelle nous reviendrons plus tard.

[1] M. ZAFIROPOULOS, Lacan et les sciences sociales ou le déclin du père, Paris, Puf, 2001 ; traduction en espagnol : Lacan y las ciencias sociales, Buenos Aires, Nueva Vision, 2002 ; traduction en italien : Lacan e le scienze sociali, Rome, Alpes Italia, 2019.

[2] M. ZAFIROPOULOS, Du père mort au déclin du Père de famille : où va la psychanalyse ? Paris, Puf, 2014.

[3] Op. cit.

[4] M. ZAFIROPOULOS, Lacan et Lévi-Strauss ou le retour à Freud, Paris, Puf, 2003 ; traduction en portugais : Rio de Janeiro, Civilização Brasileira, 2017 ; traduction en anglais : London, Karnac’s Books, 2010, traduction en chinois : Taipei, éd. Psygarden, 2009 ; traduction en grec : Athènes, éd. Plethron, 2007 ; traduction en espagnol : Buenos Aires, éd. Manantiales, 2007.

[5] J. LACAN, « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Ecrits, Paris, Seuil, 1966. Sur les relations entre Lacan et Lévi-Strauss voir, outre mon Lacan et Lévi-Strauss ou le retour à Freud (aujourd’hui épuisé), le chapitre IV intitulé « Lacan et Lévi-Strauss ou Le retour à Freud et la rupture avec Durkheim de mon ouvrage Du père mort au déclin du père de famille : Où va la psychanalyse ? Paris, Puf, 2014.

[6] M. ZAFIROPOULOS, Les Mythologiques de Lacan : vol 1 La prison de verre du fantasme : Œdipe Roi, Le Diable amoureux, Hamlet, Toulouse, Ères, 2017 (La prision de cristal del fantasma, Buenos Aires, ed Logos Kalos, 2018) et vol. 2 Œdipe assassiné ? Œdipe Roi, Œdipe à Colone, Antigone, Toulouse, Ères, 2019.

[7] Voir le premier chapitre de Les Mythologiques de Lacan, la prison de verre du fantasme, op. cit., intitulé « La visite du mythe d’Œdipe et la révolution du phallus », p. 33 à 63.

[8] J. LACAN, Le séminaire. Livre XXIII : Le sinthome (1975-1976), Paris, Le Seuil, 2005, p. 1t9.

[9] J. PAULHAN, Le guerrier appliqué (1914), Paris, Gallimard coll. L’imaginaire, 1982.

[10] M. ZAFIROPOULOS, « Les mythologiques de Lacan, Hamlet en analyse (inhibition, fantasme et sublimation) », Figures de la psychanalyse, n° 37, Toulouse, Ères, 2019/1.

[11] C. SOLER, Lacan lecteur de Joyce, Paris, Puf, 2015, p. 162.

[12] Ibidem.

[13] J. LACAN, « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l’École », Autres Ecrits, Paris, Seuil, 2001, p. 243 et suivantes.

[14] ‘Réponse aux avis manifestés sur la proposition’ (version transcription du Dr Solange Faladé), p. 5, in : http://www.gnipl.fr/Recherche_Lacan/2015/08/04/autres-textes-1967-12-06-reponse-aux-avis-manifestes-sur-la-proposition/

[15] J. LACAN, « Discours à l’École freudienne de Paris », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 273.

[16] J. PAULHAN, op. cit., p. 25.

[17] Voir M. ZAFIROPOULOS, Les Mythologiques de Lacanvol. 1 La prison de verre du fantasmeop. cit.

[18] J. LACAN, Le Séminaire. Livre VII : L’éthique de la psychanalyse (1959-1960), Paris, Seuil, 1986, p. 316.

[19] Le Guerrier appliqué, op. cit., p. 34.

[20] Voir le second volume des Mythologiques de Lacan intitulé Œdipe assassiné ? (op. cit.) et qui répond notamment à l’idée folle de la disparition de l’Œdipe dans la culture occidentale. J’y développe au contraire avec ma lecture d’Œdipe RoiŒdipe à Colone et Antigone une étude propre à, pour une part, renouveler l’intelligibilité de ces textes, mais aussi à restituer avec notre troisième Lacan quelques lumières sur l’inconscient des modernes ; et encore ce que j’ai appelé La question féminine depuis 2010 (La question féminine de Freud à Lacan, Paris, Puf, 2010).

[21] J. LACAN, « Introduction théorique aux fonctions de la psychanalyse en criminologie » Ecrits, Paris, Seuil, 1966, p. 127, 137, 144.

[22] Voir M. ZAFIROPOULOS, Lacan et les sciences sociales, « Le surmoi comme joint de la nature à la culture », op. cit., p. 118-120.

[23] J. CAZOTTE, Le diable amoureux (1772), Folio Gallimard, Paris, 1981.