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damien latifi / Dans la tête de ceux qui veulent faire durer le plaisir plus longtemps 

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« Franchement des fois j’ai exagéré avec la coke mais là (avec la 4-MEC ou 3-MMC) c’est… 7 jours. »
Usager, Marseille, 2015

Publié dans la Newsletter de la FEP février 2023.

Voir la vidéo de l’intervention de Tihomir PETKOV lors de la rencontre-débat d’ACCRO’SCOPIE le 29 octobre 2022

Le Chemsex : pourquoi ?

Jouissance, plaisir amplifié, l’utilisation de produits psychoactifs dans la relation sexuelle est de plus en plus commun dans la communauté gay, mais pourquoi ?

Depuis quelques années, le phénomène du Chemsex et du Slam a pris de l’ampleur, et cela remonterait à l’antiquité. Utiliser des psychotropes dans les relations hétérosexuelles et homosexuelles était très répandu dans les fêtes dionysiaques. Ces fêtes, nées dans la Grèce antique, étaient destinées au dieu Dionysos, le dieu du vin.

Aujourd’hui, dans nos sociétés contemporaines, et avec l’arrivée de nouvelles drogues, ces fêtes sont devenues le lieu de la désinhibition sexuelle, surtout dans la communauté gay. Et le phénomène a beaucoup évolué.

À partir des années 1970, celui-ci a pris de l’ampleur avec l’utilisation grandissante du poppers, de l’ecstasy et de la cocaïne. Mais cette amplification était aussi liée au mal-être des gays face à une société homophobe et à l’apparition du sida. C’est toute la sexualité gay qui a été une nouvelle fois remise en question.

L’acte sexuel entre deux personnes de même sexe, était encore conçu comme un acte transgressif, et a poussé les gays à concevoir leur sexualité autour de cette idée. Avec le sida et la surexposition médiatique de la sexualité gay comme étant synonyme de mort, cela était encore plus flagrant.

Et alors apparut au milieu des années 2000, le Chemsex, “chemical sex” : l’utilisation de drogue pour accroître la jouissance sexuelle. Un moyen de vivre sa sexualité libérée de cette idée de transgression.

Une libération ?

Laure Westphal, psychologue, rapporte les propos de plusieurs usagers de Chemsex.

Clement comme Pablo, ont grandi dans des familles conservatrices et cela les a poussés, semble-t-il, à se définir eux-mêmes autour de la notion de transgressivité.

La psychologue montre que le rejet subi par les jeunes gays, a eu un impact sur leur sexualité, au point ou certain

« subvertirait le rejet en excitation ». On donne au rejet le sens d’un affranchissement et d’une libération de l’homosexualité. L’individu « exploite son fantasme d’exclusion sous la forme d’une sexualité qu’il estime transgressive et libératrice ».

Pour Clément, le Chemsex est un moyen de se sentir en sécurité vis à vis de la possibilité du rejet. Multiplier les relations sexuelles collectives, renouveler constamment ses partenaires, lui évite d’aimer ou d’être aimé. Sa sexualité est employée à titre défensif. Il déclare même voir « ses plans comme des anti-dépresseurs ».

Avec les applications de rencontres, favorisant le rapprochement des populations, il y a eu un accroissement du nombre d’usagers du Chemsex dans la communauté gay, et cela est lié à leur besoin de se libérer.

Et la jeune génération semble vouloir se lancer. Pourtant, malgré la possibilité de mieux s’informer sur les risques via Internet, la jeune population d’usagers semble ne pas vraiment être informée.

En effet, nouveaux et en dehors des cercles d’usagers réguliers, ces jeunes ont une faible connaissance des risques. D’après l’Observatoire français des drogues, ils s’en remettent à leur expérience personnelle, plutôt qu’à celle des autres, et ne sont pas réellement avertis sur les nouvelles drogues sur le marché.

Le Chemsex, une valse avec la mort

« C’est vraiment utilisé dans le cadre de marathon sexuel, des week-ends entiers où le produit sert vraiment d’adjuvant à la sexualité. »
Intervenant en milieu gay Bordeaux, 2016

L’idée est donc d’accroitre ses capacités sexuelles, mais aussi de tenir plus longtemps grâce à une prise de MDMA pendant l’acte ou bien de cocaïne. Mais en voulant contourner la législation européenne plus stricte depuis 2008, de nombreuses autres drogues ont fait leur apparition.

« Tous les produits que les mecs ils prennent ? Y’en a plein, moi je les connais pas tous, ceux qui tournent le plus c’est 4-MEC, 3-MMC. Après y’a la MDPV, ils ajoutent souvent dans la 4-MEC de la kéta. Après on m’a parlé du B2 y’a pas longtemps… La plus utilisée est la 4-MEC, après la 3-MMC. »
Usager, Marseille, 2015

La 4-mec et la 3-mmc sont des cathinones, des produits qui stimulent l’empathie et amplifient les effets d’un contact physique. Elles ont été développées pour ressembler aux drogues les plus connues (MDMA, LSD). Souvent mélangés avec le GHB ou le GBL, les effets sont décuplés.

Le GBL est un solvant industriel. Il se transforme en GHB au contact de l’organisme. Cette substance est produite naturellement en petites quantités dans le corps humain, et elle a un effet sédatif, en ralentissant la respiration et le rythme cardiaque. Connue sous le nom de “drogue du viol”, elle peut faire perdre connaissance selon la dose administrée. Mal dosée ou avec d’autres drogues, elle peut aussi provoquer comas et décès.

S’ils sont utilisés pour amplifier et faire durer l’acte sexuel plus longtemps, il y a un risque d’addiction. Une accoutumance aux cathinones créer le sentiment d’être addict au sexe plutôt qu’au produit. De ce fait, les usagers réguliers du Chemsex, ont tendance à augmenter les doses et à diversifier les usages, plutôt qu’à les diminuer.

Cette course à la jouissance, qui peut durer plusieurs jours, peut donc représenter des risques. Il semble aussi, selon Laure Westphal, que ces risques apportent du plaisir. “le Réel de la mort remplace le sexuel”.

Valser avec la mort devient orgasmique. Se mettre dans une situation de péril a un effet sur l’individu qui le pousse à se sentir encore plus vivant, mais aussi plus libre, quitte à prendre des risques incommensurables.

L’injection de ces produits par seringue, qu’on appelle aussi le Slam, est une manière encore plus efficace de ressentir les effets, mais peut aussi être plus dangereuse.

« Au début de la soirée, tout est propre nickel, c’est chacun sa seringue et puis très vite on ne sait plus où on a posé le truc, on prend la seringue de l’autre. Les relations sexuelles se font non protégées. Des sessions d’une semaine grand maximum. »
Groupe focal sanitaire, Rennes, 2013

Pour les usagers moins réguliers, qui ne prennent pas autant de risques, c’est plutôt la descente du lendemain qui fait mal. Le Chemsex, permet la libération de substances chimiques euphorisantes, et cela accroît la possibilité de la déprime, notamment les jours suivants.

Des maux de tête à un fort sentiment de culpabilisation, la descente peut donner envie de reprendre des substances. Mais il vaut mieux penser à s’hydrater, à prendre une tisane, à se reposer et à manger des protéines comme les haricots ou les bananes.

Si le Chemsex apporte une certaine forme de jouissance, les risques encourus et l’idée de la mort permettent aussi de catalyser les individus, et les forcent à faire attention. Le corps peut même indiquer aux usagers de ne pas aller plus loin lors d’une prise excessive. Pourtant, dépasser ces limites peut aller très vite et les signaux ne sont pas toujours détectables.

Le Chemsex comporte beaucoup de risques

Pour les usagers, les infos qu’il faut retenir :

  • Il faut avoir confiance en la personne qui vend les drogues. Les fournisseurs sont des intermédiaires, et ne maîtrisent pas la qualité du produit. Il vaut mieux être avec un ami, et commencer par des petites doses, pour évaluer le produit.
  • Vous pouvez consulter aussi Infordrogue, il vous indique des nouvelles sur les produits dangereux qui circulent.
  • Pour aller plus loin : je vous conseille vivement le site Belge Chemsex. IST, VIH, consentement et agression, tout y est !

Pleaaase, be careful et protégez-vous. *coeur*