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Dominique Lucas de Peslouan / CORPS  ET  LANGAGE

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Texte paru dans les actes du séminaire de l’AEFL 2007-2008

CORPS ET LANGAGE

On peut ainsi décliner « corps et langage » : langage du corps — corps sans langage – corps du langage.

Prenons les dans cet ordre.

Langage du corps

On peut, je pense, en parler selon deux points de vue :

– le premier relève de la sémiotique : l’expression par le corps (signifiant) d’émotions, d’intentions (signifié).

Il s’agit d’un « corps-moyen », ex-pressif (ex-teriorisant, ex-pulsant ce qui fait pression intérieurement), scénique, cathartique ; d’un corps qui fait signe, fait sens, selon un système spécifique de significations pouvant être décrit, analysé en tant que système langagier.

– le second renvoie à la psychopathologie : le corps n’y est plus moyen d’expression choisi par l’individu ; il « ex-prime », le plus souvent aux dépens de lui et au défaut du langage, d’un autre langage, symbolique.

Le langage du corps court-circuite tout autre langage ; il constitue ce qu’on pourrait appeler un « circuit court » de langage, un « proto-langage », celui de l’action, de la réaction, du « passage à l’acte ».

Il se développe dans la facticité, dans cet « être-là… pour rien » dont parle J.P. Sartre.

Il est un « corps-écran », caractérisé par

— la carence d’élaboration mentale, tout autant que de contenance, de limites

— une compulsion de répétition, qu’on peut opposer à l’impulsion au souvenir, à la reconstruction

Pour suivre la chaîne métaphorique de ce langage du corps que nous avons introduite, je dirai ici que ce corps compulsif est un « corps-rite », soumis à la réplication du même ; à distinguer ainsi d’un « corps-rituel », qui joint, conjoint dans un temps diachronique et selon une logique du sens.

C’est donc, aussi bien, un « corps sans mémoire », marqué par l’évitement de la pensée, pour autant, d’une part, que cette dernière est sans doute trop confuse, hétéroclite, douloureuse et qu’il n’est pas possible de penser ce qui n’est pas « emboîtable » (selon la formule de B. Golse) et, d’autre part, que penser est fondamentalement lié à l’absence, à la perte, à l’incertitude, au manque… insupportables.

« Corps-carapace », fragile, dont les fêlures, les failles ouvrent au « retour du manque » : manque au corps, ou, plutôt, manque au langage, « manque au carré » (manque ²) même, si le langage est lui-même « manque à être ».

Ce manque au langage nous donne les deux dernières métaphores du corps : « corps-symptôme », signifiant d’un signifié refoulé, qui donne à entendre ce qu’il montre sous les formes inversées de l’inhibition et des violences ; « corps-jouissance » décrit par Ch. Melman dans sa « nouvelle économie psychique ».

Corps sans langage

Le langage (« court ») du corps peut ainsi apparaître comme corps sans langage (« long », du symbole) : corps des émotions sans paroles, des énergies sans représentations, corps agi sans sujet de l’action.

Tel est sans doute le corps psychosomatique, où l’angoisse n’est exprimée que dans le corps, dans une image archaïque du corps. Je pense ici à cette mère, dont parle F. Dolto (1), victime d’un « coup de poignard à l’estomac » au moment de la mise en terre de son fils, comme un « arrachement viscéral »… qui se révèle être un cancer à l’estomac dont elle meure un mois plus tard, le jour anniversaire de l’enterrement de son fils.[1]

La fonction symptomatique du langage du corps permet en ce sens de distinguer ce corps psychosomatique du corps hystérique : ce n’y est plus l’angoisse brute, « originaire », non « convertie » psychiquement que le corps exprime, mais l’ambivalence du désir.

Le langage est pris « au pied de la lettre », « au corps » — si l’on peut dire — « de la lettre » : il « fait corps », au sens où Ch. Melmann ([2]) décrit le corps hystérique mimant la « possession » par un désir totalitaire dont les signifiants sont écrits sur lui comme sur une page… en « lettres de souffrance » (J. Lacan[3]).

Le langage est en quelque sorte capturé dans des images du corps dont la délivrance, le « décollement » ouvre au troisième terme de notre déclinaison :

Corps du langage

« Le langage est corps subtil, mais il est corps » (J. Lacan[4]).

Le langage « prend corps », prend consistance, au lieu de « faire corps », d’être accolé au corps.

Il devient langage de vérité, par delà celui du vécu, du ressenti : l’incorporation des mots entendus et prononcés correspond en effet à une élaboration mentale des expériences, des émotions ou des conflits qui étaient auparavant seulement éprouvés corporellement.

Il y a là quelque chose d’une « présence » des mots au corps, ou d’une ouverture du corps au langage, ce que signifie D. Pennac sous l’expression de « présent d’incarnation » ([5]).

Par opposition au « corps-moyen », évoqué plus haut comme caractéristique d’un certain langage du corps, émerge ici le langage, verbal ou non verbal, d’un « corps-sujet », c’est-à-dire d’un corps tout à la fois assujetti (à l’Autre), mais libéré, délivré de ses images captatrices, un corps qui — selon un apparent paradoxe — se libère de se reconnaître ainsi assujetti à la Loi du Langage.

Le corps du langage peut être défini sous trois attributs essentiels :

– il est d’abord langage symbolique.

Le fameux exemple du « fort-da » constitue une sorte d’acte de naissance du passage d’un « langage du corps », celui du jeu où la bobine apparaît comme substitut de la mère allant — (re) venant, au « corps du langage », celui de la verbalisation, de la vocalisation de fort/da comme symbole, ébauche de ce que j’appellerai une « trilogie » symbolique : substitution-représentation-communication ([6]).

R. Gentis ([7]) en fait le passage de la « pré-symbolisation » à la « symbolisation », du « n’importe quoi » qui peut servir de représentation de la mère aux « vocables » qu’utilise l’enfant, approximativement, et qu’il reçoit du dehors comme un système symbolique déjà constitué, « une langue qui existe avant lui, hors de lui, dans le monde des hommes ». La référence est ici évidemment l’analyse que fait J. Lacan du jeu de la bobine ([8]) en insistant sur la double opposition, phonématique [O/A] et présence/absence (phénomène porté sur un plan symbolique par l’enfant).

Telle est la « porte d’entrée » dans le monde indissociable de la langue et du symbole : « le moment où le désir s’humanise est aussi celui où l’enfant naît au langage » ([9])

– il est aussi langage affectif : il révèle une proximité du langage et de l’affect.

Les affects sont, disait F. Dolto, « tissés au langage » ; les mots sont « rendus aptes à l’affect » précise P. Aulagnier ([10]), dans un « langage fondamental » de l’amour, de la haine, de la souffrance, de la joie… qui fournit une « représentation fantasmatique, nécessaire à l’émotion d’un corps » ([11])

– il est enfin langage historique, qui double la proximité avec l’affect de celle avec la mémoire.

Ce dernier attribut met en valeur deux aspects importants du corps du langage :

*le « capital fantasmatique » qui permet de « se construire un passé », de « substituer aux effets de l’inconscient des effets d’histoire » ([12]).

Un tel capital implique une permanence identificatoire, l’existence à travers l’histoire propre de repères, de points d’appui donnant au sujet une place dans un ordre temporel, un système de parenté.

Il nécessite aussi des refoulements, dont l’absence entraînerait une confusion des temps et un retour du même, proches d’un état psychotique, tandis que son excès conduirait à « un passé désaffecté », dans lequel sont englués notamment ces enfants et adolescents qu’on peut dire « sans passé », comme « hors d’âge », et donc sans appui pour supporter les échecs ou difficultés actuels, pour lesquels le refus de grandir demeure souvent le seul mécanisme de défense disponible.

Ces refoulements ont une fonction essentielle de liaison-déliaison des affects et des représentations.

*le rôle de l’« après-coup », qui souligne combien le passé est éclairé par le présent, comme si les traces mnésiques ne prenaient sens que dans un temps postérieur (cf. « la scène primitive » de l’homme aux loups), dans une sorte de « réinscription langagière ».

Le corps du langage est ainsi « ce qui, du corps, réside dans les mots » (P. Fedida[13]) ou ce qui, des mots, a une résonance (raisonnance) corporelle, dans un « langage des images du corps » au sein duquel « les mots, pour prendre sens, doivent d’abord prendre corps, être métabolisés dans une image du corps relationnelle » (F. Dolto[14]).

Les images du corps sont celles des « commencements » : archaïques, archétypiques, archéologiques. Elles donnent, comme je le disais tout à l’heure, consistance au langage, même si, inversement, seules les paroles permettent une structuration du sujet par les images du corps.

Elles permettent de comprendre « ce que parler veut dire », ce que veut dire par exemple le « mal à la tête » de Pierre, près de l’aine, là où s’origine le « mal à la tête de maman » lors de ses règles douloureuses, qui la retiennent à la maison et permettent au petit Pierre de revenir ainsi auprès d’elle ([15]).

L’émergence de paroles corporelles

D’un « corps sans langage », ou, tout aussi bien, d’un « langage sans corps », du discours commun ou « disque ourcourant » (J. Lacan), peuvent ainsi émerger

— des « paroles sensibles », dans la triple acception du mot « sens » : les (cinq) sens ; la direction ; la signification. Des paroles en quelque sorte sensorielles, qui orientent et signifient.

Le(s) sens se constitue dans et par ces paroles.

Ainsi dans l’interprétation musicale où, selon l’Herméneutique d’Aristote, « le sens se trouve présent à la voix », cette voix qui se situe « entre corps et langage » (G. Rosolato) et qui est une des quatre identifications de l’objet a chez Lacan.

De même dans l’interprétation analytique, où le sens n’est pas au-delà de la parole, qui viendrait le dé-crypter, le dé-voiler, le dé-livrer : l’interprétation porte aussi sur des signifiants, des « mots pour le dire ».

— des « paroles pleines » (J. Lacan), qui « réordonnent les contingences passées en leur donnant le sens de nécessités à venir » ([16]).

Des paroles efficaces, dans le prolongement de ce que C. Levi-Strauss ([17]) nomme l’« efficacité symbolique » d’un rituel des indiens Cuna d’Amérique centrale : les souffrances de l’accouchement sont reprises, intégrées dans une construction symbolique, mythologique, où les douleurs, personnifiées sous la forme de monstres et d’animaux féroces, deviennent pensables, tolérables, tandis qu’elles ne pouvaient être supportées par un corps, nu, « sans langage ».

On peut ainsi évoquer un « traitement par le sens » de ce qui déchire le corps, l’enferme, le ronge ou le fige : « effet de parole », entendu à la fois en tant que « parole comme effet » (de l’interprétation) ou parole reconstruite et en tant qu’« effet de la parole », « les faits de parole », ou parole retrouvée.

— des « paroles contenantes », celles « d’un corps… qui parle d’autant mieux qu’on ne cherche pas à le faire parler, à en expliciter positivement les contenus » ([18]), dans la « positivité » d’un discours psychologique.

L’accent est mis ici non pas sur ce qui est dit (contenu), mais sur la manière dont cela est dit (contenant), sur le participe présent (ou « présent progressif » en anglais : cf. « holding » et « handling » de D. Winnicott) des verbes : le signifiant en ce qu’il détermine le signifié, comme le contenant fonde le contenu.

L’accès au signifiant ou au contenant est l’aboutissement d’une « épuration » de sens de la gangue des signifiés et des contenus : c’est l’objet, par exemple, de la « réduction eidétique » de la phénoménologie.

L’un et l’autre donnent sens, essence, forme à ce qui est… sans avoir eux-mêmes de sens.

Ainsi peut-on dire que « le non-sens est au cœur du sens » (J. Lacan) ; ou encore que le non-sens est « ce qui produit du sens comme effet de surface » ([19]), à travers notamment l’expérience des « situations-limites » (K. Jaspers).

 Situations-limites qui sont celles de la Raison (par exemple : la transcendance du « noumène » de Kant, la « foi » chez Kierkegaard, l’« incomplétude » dans la recherche de la non-contradiction dans un système entièrement axiomatisé pour Gödel) ou de l’Affect (le paradoxe, le désespoir, le scandale, le tragique, l’absurde, la folie…).

Ces situations présentent la caractéristique commune d’être à la limite du pensable, de l’Etre ou du Néant, de ce qui fonde la pensée sans pouvoir être soi-même pensé.

Des paroles donc qui nous conduisent à ce que G. Rosolato([20]) nomme « signifiant de démarcation » ou encore, au-delà de la « signifiance », vers cette « vérité qui ne peut se dire que dans la résistance au dire » qu’A. Green ([21]) propose de signifier sous le terme de « représentance » et dont il fait le fondement de l’activité créatrice, de la « poésis ».

— des « paroles douloureuses » : la « négativité » de la parole, par opposition à ce que nous avons pointé comme « positivité » du discours, fondatrice de l’ordre symbolique.

Cette négativité est celle de la haine, de la violence, de la destruction, mais aussi — plus largement — de l’absence et de la perte.

 Elle amène R. Gentis ([22]) à poser le « fantasme de la mauvaise mère » comme « fantasme constitutif, fondateur du sujet ».

Je suis ainsi tenté d’évoquer la théorie kleinienne, en ce qu’elle peut éclairer cet aspect des paroles corporelles.

Ces dernières impliquent, en effet, d’une part l’expérience de l’ambivalence (de l’« objet global » et, corrélativement, du « dualisme pulsionnel ») et de la culpabilité (de la destruction comme sécrétion du sujet), d’autre part l’élaboration de la position dépressive.

Dans cette élaboration, se trouvent mobilisées

— la possibilité de « réparation » de l’objet d’amour fantasmatiquement mis à mal, comme celle du sujet ambivalent

— la plus grande confiance dans la prédominance du « bon objet » interne sur les pulsions destructrices

— la résistance du « réel » aux attaques imaginaires

— la « verbalisation » en ce qu’elle est ouverture au registre symbolique de la « différance » ([23]), c’est-à-dire à la fois de ce qui marque les écarts significatifs, les « différences », et la capacité à différer, à tolérer l’attente et la frustration.

Vers des actes de parole

Ils sont liés à la fonction de contenance du langage, que je viens d’évoquer.

Cette fonction est d’abord maternelle : elle permet d’intégrer, du corps maternel, la « langue maternelle »..

C’est notamment ainsi qu’on peut comprendre la théorisation de W. Bion, selon laquelle la mère reçoit les projections, les éclats du « corps sans langage » du nourrisson (éléments b), pour lui renvoyer les éléments (a) intégrables, « détoxiqués », incorporables du « corps du langage ».

A travers cette circulation d’affects entre la mère et l’enfant se constituent des signifiants qui aident à la construction d’un espace psychique interne (« moi-peau », « enveloppes psychiques » de D. Anzieu), mais qui ouvrent aussi, tout au moins si la fonction maternelle n’est pas pervertie, au « manque » (du Réel comme du Langage, du Réel à travers le Langage), en ce que ces signifiants ne comblent pas, mais « évoquent », invitent l’enfant à produire de l’imaginaire.

La communication « prend corps » ([24]) ; les mots, entendus ou échangés au cours de notre histoire corporelle, « ont le pouvoir, indépendamment de la présence charnelle, de nous rendre présent à l’autre et de nous rendre l’autre, en son absence, présent. » ([25])

Les actes de parole constituent une métaphore du corps :

ils symbolisent le corps, le représentent, s’ancrent dans le corps, au point de faire de la narration ce que R. Gori appelle « un plaisir de bouche » ([26])

ils ont une proximité analogique avec le corps, favorisant le transfert de sens, tel qu’on le trouve, par exemple, dans l’expression « le souffle de la vie »

— ils condensent des chaînes associatives corporelles

Ainsi, l’essentiel ne peut sans doute être dit que métaphoriquement, paraboliquement.

Les actes de parole se situent entre le code et le corps, entre le formalisme de la langue désincarnée

(l’« objectivité ») et l’incommunicable « représentant inconscient de chose », peut-être la « part maudite » de G. Bataille (la « subjectivité »).

Ils sont dans l’« entre deux » de la subjectivité et de l’objectivité, de l’hallucination et de la communication.

On dirait encore qu’ils constituent le champ transitionnel de la symbolisation, presque « langage transitionnel » ; c’est ainsi, d’ailleurs, que D. Winnicott évoque, parmi les « phénomènes transitionnels », les sons, les gazouillis, les vocalises, puis les jeux de mots, notamment les jeux avec les formes phonétiques des mots, indépendamment de leur valeur sémantique.

Les actes de parole renvoient donc, en ce sens, à la « double articulation » d’A. Martinet : articulation au corps (phonèmes) et au code (monèmes).

Voilà, je termine par une phrase qui va peut être résumer tout ce que j’ai pu dire depuis le début, c’est une phrase de R. Gori([27]) : « Etre dans l’entre-deux, c’est donner du sens à ce qui est incorporé dans la subjectivité et donner du corps à ce qui n’était que signes ».

 Je vous remercie, je m’arrête là.

Débat

Jean-Louis Rinaldini : Merci Dominique pour cette promenade à laquelle tu nous as associés et qui nous a conduits à visiter ou revisiter ou mieux à mettre en perspective un grand nombre de concepts ou de notions qui sont au cœur de ce que nous travaillons cette année, c’est-à-dire la question du corps à partir des deux séminaires de Lacan.

Tu as insisté sur quelque chose qui me paraît effectivement important, à savoir le fait que le discours se trouverait du côté de la positivité et la parole du côté de la négativité, c’est une façon de bien insister sur le fait que le signifiant lacanien, selon la formule canonique qu’un signifiant c’est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant, ne se manifeste que dans sa négativité.

A condition de souligner, et cela introduit une question difficile qui est celle du temps que tu as évoquée, que la négativité, ce n’est pas le signifiant comme tel, mais, comme tu l’as dit, le signifiant en tant qu’il introduit le signifié, cela le caractérise et il doit s’effacer, mais en même temps — et c’est ce qui rend la chose difficile — il y a un moment qui n’est pas simplement un moment logique, où le signifiant n’a pas encore produit de signifié. Ce « signifiant pur », comme le nomme Lacan, échappe à la négativité du signifiant, au fond dans son « étoffe » le signifiant ne porte pas de négativité, la négativité est impliquée dès qu’on passe d’un de ses éléments au suivant, non plus selon le temps réel où ils sont perçus, mais selon le temps imaginaire. Est-ce que cela rejoint ce que tu disais tout à l’heure ?

Dominique de Peslouan : Tout à fait, c’est pour ça que ces enfants, ces adolescents, dont je vous parlais en référence à ma pratique professionnelle actuelle, résistent au langage, résistent à la parole parce qu’ils sentent bien que c’est le pouvoir du négatif et donc potentiellement, comme tu viens de le dire, un signifiant laisse la place à un autre, que le langage c’est la perte.

 Ca veut dire que tout mot qui apparaît efface le mot précédent, le remplace, se substitue à lui.

 Pour quelqu’un qui est « fragile » sur le plan du signifiant, c’est une épreuve de souffrance.

  Si je peux parler un peu de ça, il faut constater que l’on est confronté à une inflation de troubles spécifiques du langage.

 Qu’il s’agisse de prétendues dysphasies ou dyslexies, c’est un phénomène envahissant, comme les troubles envahissants du DSM 4 : ça envahit tout et ça court-circuite tout.

Quand on sait que les troubles du langage, ça représente entre 1 et 5 % des enfants des adolescents d’une classe d’âge scolarisée et que l’on considère en général qu’il y a près de 20 % d’élèves qui sortent de l’école et qui rentrent au collège avec des difficultés de langage, on se rend bien compte que l’un ne peut pas se superposer à l’autre et que les difficultés de langage sont d’un tout autre ordre.

 C’est parfois, souvent même, à relier à des conditions socioculturelles défavorables, c’est-à-dire tous les phénomènes que l’on appelle de « semi-linguisme », de « bilingualité » etc…. mais c’est aussi le plus souvent un refus d’entrer dans l’ordre du langage et l’« ordre » dans les deux sens du mot.

D’abord au sens de l’ordonnancement du langage : on détecte une dysphasie notamment par des difficultés syntaxiques, mais qui peuvent n’avoir rien à voir avec la grammaticalité ou, plus précisément, si l’enfant a des problèmes avec les règles de grammaire, à l’oral comme à l’écrit, c’est parce qu’il a des problèmes avec les règles en général et, plus fondamentalement, qu’il a des problèmes avec l’autre sens du mot ordre, avec la Loi.

 C’est-à-dire qu’il n’entre pas dans la Loi du Langage, ni dans n’importe quelle autre Loi.

Donc, il a effectivement des troubles du langage, mais qui ne sont que la face visible de troubles psychiques bien plus importants qu’on ne traite plus.

On est dans une ère comportementaliste de traitement symptomatique dominant où il faut avant tout détruire le symptôme, quitte à le remplacer par un symptôme plus lourd.

 Mais il n’y a plus à interroger le symptôme et quand on dit ça aux gens auxquels on a affaire et qui s’occupent de ces enfants, on paraît être des fous en dehors des questions réelles. 

Dans la société actuelle, ce comportementalisme, ce « symptomatisme », correspond quand même en arrière fond au libéralisme envahissant… donc effectivement les symptômes scolaires sont, à mon avis, indissociables des phénomènes sociétaux qu’on est en train de vivre et cette question du langage est tout autant liée à ça.

 On est en ce moment dans le discours positif dominant et la négativité doit absolument être évacuée parce que c’est, comme pour l’enfant dont je parlais à l’instant, particulièrement dangereux, inquiétant, une inquiétante étrangeté, si je puis dire, que ces troubles du langage, qu’il faut absolument maîtriser, contenir, pas au sens où je parlais de contenance, mais au sens d’une contention… il n’y a rien à voir, laissez tomber vos interrogations, vos hypothèses, vos recherches, vos questionnements

Il n’y a rien à chercher, c’est clair, c’est génétique ; comme dit D. Pennac, c’est Grand-Mère marketing qui l’a dit, donc c’est comme ça.

France Delville : La loi du Langage, c’est une très bonne formule en tant qu’elle est tyrannique, puisque c’est une loi de séparation et, face effectivement à des gens qui pensent le trouble du langage en tant que tel et qu’il n’y a pas derrière cette douleur dont tu parles et surtout ce refus d’entrer je dirais dans un discours vide, moi j’ai trouvé une formule qui dirait que la dyslexie, que je trouve une révolte magnifique, est une anorexie du langage, c’est-à-dire qu’on refuse de parler parce qu’on ne veut pas parler cette langue là.  

Voilà je propose cette formule parce que, à ce moment là, si on se rend compte que l’enfant saurait parler, il a en lui ce qu’il faut mais qu’il ne mange pas de ce pain là, parce qu’il ne veut pas incorporer ça. J’aime beaucoup cette idée du sensible qu’il y a dans ce que tu disais, parce qu’on a l’impression d’une peau de tambour sur laquelle en tapant ça vibre. Il y a cette vibration du mot à l’intérieur du corps, il y a un mouvement là, comme une jouissance d’une rencontre entre le corps et le langage, c’est-à-dire qu’à ce moment là, il n’y a plus ni corps ni langage ; il y a deux instances, une qu’on croit matérielle mais qui ne l’est pas parce qu’elle est comme le tympan d’une oreille, comme si tout le corps devenait une grande oreille.

D de P. : J’aime beaucoup cette expression « anorexie du langage », parce qu’effectivement ça marque bien que ces « troubles du langage » sont une défense.

 Si en plus on croit, et je le crois, qu’une des explications possibles de l’anorexie, c’est un repli du désir sur le besoin, c’est-à-dire l’idée que dans une image du corps archaïque, la mère n’a jamais répondu au désir de l’enfant qu’en satisfaisant ses besoins notamment alimentaires. Elle arrive avec un biberon lorsque l’enfant voudrait la voir arriver avec un sourire, pour le dire vite.

Donc ce repli du désir sur le besoin, ça me semble pouvoir être éclairé par certains cas d’anorexie où ce refus du désir, ce refus de ce corps désirant, engrossé, donc fruit du désir et du coït comme tu le dis, ce refus du désir, il est converti, si je puis dire, en refus de s’alimenter.

C’est pour ça que cette expression « anorexie du langage » me paraît très pertinente pour pouvoir dire que les enfants ayant des troubles du langage ont peut être effectivement initialement une confusion de désir et de besoin de langage.

 Et on répond en termes de besoin, de quoi tu as besoin ? de quelques séances d’orthophonie ? De quelques aides ponctuelles ?

Elisabeth Blanc : Par rapport à une observation des bébés, par rapport au contact que le bébé a avec la mère, le premier contact c’est par la bouche, il mord, il mange la mère et toute l’appréhension de l’extérieur se fait par la bouche et dans cette impossibilité à manger la mère. Lorsqu’il y a des paroles qui sont dites par la mère, on voit très bien que le bébé mange, incorpore les paroles de la mère il en fait une espèce de bouillie et petit à petit les mots se détachent et on voit qu’il y a ce passage par la bouche de la mère, manger les mots de la mère, en faire une sorte de bouillie avec jubilation et jouissance, et ce n’est que petit à petit que les mots se détachent.

D de P. : Vous décrivez très bien ce que j’ai essayé d’appeler corps du langage.   C’est exactement ça, avec, encore une fois, ce glissement, et c’est la même problématique que précédemment, celle de l’anorexie. C’est l’envers, mais c’est la même chose, avec ce glissement du besoin au désir. Les mères qui ne comprennent pas que, derrière cet élan, c’est une demande de désir d’amour et pas seulement une demande de nourrissement, elles se font bouffer… pour de vrai.

E.B.: Peut-être qu’on pourrait associer aux troubles du langage des tout petits les bébés mordeurs ; c’est souvent aussi des bébés à qui on ne parle pas.

D. de P. : C’est un trouble de l’acquisition du langage et je crois que vous donnez un excellent exemple de ce que j’ai essayé de définir tout à l’heure.

 Pour en revenir à la fonction maternelle, effectivement je vous ai dit la mère ou son substitut, mais je serais plutôt tenté d’élargir beaucoup la fonction maternelle. On parle d’école maternelle et ce n’est plus la mère qui est là, et quand on parle de fonction paternelle, on sait qu’elle n’existe que par délégation de la fonction maternelle.

Il y a donc tout un circuit qui fait que la fonction maternelle doit être exponentielle ; donc, ça ne me gène pas de parler de fonction maternelle, si on s’entend sur ce que veut dire fonction maternelle de contenance du langage, qui n’est pas fonction maternante, c’est-à-dire qui n’appartient pas à un rôle ni sexué ni social que représenterait la maman. C’est une fonction de réassurance, de sécurisation, de contenance, de verbalisation, de langage, proche de l’affect comme on disait tout à l’heure, et ça peut être tout à fait un homme, une institution qui l’assume.

 Je pense qu’il y a des institutions maternelles, des institutions paternelles, des institutions bouffantes ; je pense que, dans une logique institutionnelle, on retrouve tout à fait ces fonctions là et que s’il n’y a pas fonction maternelle, il ne peut pas non plus y avoir fonction paternelle, sauf à être une fonction tyrannique, la fonction « poutinienne » par exemple…

F.D. : Je dis toujours que le Maternel avec un grand M, c’est le Monde de l’enfant quand il est petit et qu’il va puiser dans ce qui l’entoure une nourriture avec l’espoir que ce sera assimilable, métabolisé. On pense toujours aux africaines qui vont mâcher la nourriture pour l’enfant, il faut que l’enfant puisse prendre quelque chose d’assimilable et on peut supposer que l’enfant veut vivre, que le vivant veut vivre et à ce moment là il s’agit que celui qui est autour de lui qui le nourrit certes mais qui fait tout le reste c’est dans le but de le faire vivre. Après, il va découvrir ce que peut être la haine de l’autre, mais au départ c’est vraiment puiser de la nourriture, dans l’espoir qu’elle va être assimilable.

D. de P.: Ces interventions après- coup me semblent bien montrer que la fonction du langage est centrale pour articuler ces deux fonctions maternelle et paternelle. C’est pour cela qu’une fois qu’on a dit que le maternel ce n’était pas la maman on peut essayer de voir comment ces deux fonctions sont, d’abord à travers le langage, finalement indissociables pour toute la durée d’une vie.

E. B.: Pour faire un peu de politique fiction et aller dans l’horreur, je pense à ce qui va bientôt être mis en place qui est cette télévision pour les bébés de trois mois. Qu’est-ce que ça peut représenter comme transcription du langage qui ne passe pas par la chair, par la parole vraie, mais qui passe par l’écran, par l’image vide, qu’est-ce que ça peut donner au-delà de la fonction maternelle et paternelle ? Là il n’y plus de fonction, c’est vraiment la « machination » et malheureusement ce n’est pas une fiction, c’est quelque chose qu’on va nous proposer dans l’année.

D. de P.: Je pense qu’on peut parler d’une espèce d’attaque maternelle. Ils vont bouffer de la télé comme ils bouffent la mère, à défaut de pouvoir trouver ce qu’ils y cherchent. Il va y avoir très probablement ce qu’on note déjà maintenant : cette désincarnation totale du langage chez les petits enfants dans les classes maternelles. C’est-à-dire un langage qui n’est plus qu’une écholalie de ce qui existe autour, où le sujet est d’emblée disqualifié, où le langage ne sert plus à construire le sujet mais sert plutôt de camouflage ou d’empêchement pour que ce sujet se développe. C’est dans l’air du temps, on est toujours dans cette problématique que j’appelais tout à l’heure le circuit court du langage. Il y a le circuit court du langage qui est celui de l’inhibition ou celui de la violence et il y a le circuit court beaucoup plus instrumenté qui est le langage télévisuel de tout ce que la société nous livre.

C’est un langage sans corps, sans désir. Ce n’est plus qu’un besoin de parler, d’entendre et presque un besoin comment dire… que cette parole soit complètement comblante qu’il n’y ait aucune brèche, aucun manque, on peut s’attendre à quelque chose en boucle.

F.D. : Je dis que l’image télévisuelle est médusante, même quand il n’y a pas d’image, mais que le son…

D. de P. : Elle est médusante surtout quand il y a le son. Quand il n’y a pas le son, c’est mieux quand même, parce que des images on peut en faire quelque chose, on peut halluciner, on peut fantasmer, on peut délirer, on peut déconstruire, on peut reconstruire, on peut projeter, analyser, détourner les yeux…

F. D. : Je dis méduse, parce que c’est la prééminence d’une image qui pétrifie, paralysante, un arrêt sur image, même si l’image bouge, même s’il y a du son je dis qu’il y a un arrêt sur image du sujet alors que le corps de la mère avec ce mouvement là ça bouge, ça bouge parce qu’il y a de l’autre, est-ce que pour un bébé devant la télé est-ce qu’il y a de l’autre ? Non il n’y a plus d’autre.

D. de P.: Il y a une indifférenciation totale, c’est un retour probablement à un état de symbiose, il n’y a plus de sujet il n’y a plus d’objet. Il n’y a plus rien.

On est bien là dans le triomphe de la facticité, dans l’être-là, on est là et on attend que ça passe.

 La facticité, c’est quelque chose de gluant… oui comme la méduse !

J-L R. : Tu as évoqué tout à l’heure de façon fort appropriée les objets a. Ce qui est associé à cette notion finalement pas si facile à cerner de l’objet petit a dont Lacan nous dit d’ailleurs que c’est ce qui définit un objet dont l’une des propriétés centrales est précisément de ne tomber sous aucun concept, c’est traditionnellement l’idée de ce qui tombe, du déchet qui choit, qui chute du corps.

 C’est généralement à cela que l’on s’arrête, mais je pense qu’il faut aller plus loin et insister sur la relation en navette que l’objet a suppose. Le sens que peut avoir le monde pour l’enfant suppose à la fois la perte du monde et l’inscription d’un signe comme mémoire de cette perte. A la condition que l’enfant signifie lui-même quelque chose pour l’Autre maternel, l’Autre du langage, disons la mère pour faire court, c’est-à-dire que la mère ait, de son côté, symbolisé morceau par morceau, le corps de l’enfant, c’est-à-dire cet acte de nomination par lequel l’Autre, reconnaît qu’il s’est fait le dépositaire des objets a du sujet.

 Tu as pris l’exemple tout à l’heure de la mère qui apporte un biberon à l’enfant sans un sourire, eh bien inversement imagine que tu sois ma mère et que moi ton enfant t’adresse un sourire et que ton visage n’y réponde pas, que tu restes impassible, que devient mon sourire ? Où va-t-il ? On sait comment dans la clinique des mères de psychotique, qui vivent leur enfant comme morceau de leur propre corps, on sait comment ces mères sont dans l’incapacité de pouvoir les nommer, et même parfois de pouvoir leur signifier la moindre adresse.

Je pense qu’il faut insister sur ce premier temps logique qui revient à l’Autre, à qui revient la charge d’accomplir la première symbolisation de l’enfant, qui le décomplète en substance mais qui doit le compléter inversement en signes. L’échec de cet aller-retour entre le sujet et l’Autre est lourd de conséquences. Il faut donc un espace de transition, un passage entre deux limites, deux frontières, et faute de ce passage, aucune perte de quelque objet que ce soit ne sera possible, il y aura une défaillance du sens de la perte, c’est-à-dire la présence d’un monde complet, ininterprétable, réel.

La décomplétude du monde par le sujet et la décomplétude du sujet par l’Autre se présentent comme une opération en navette. Et même si cela est une fiction théorique, la question est de savoir où sont conservées les inscriptions des premiers signes de perception avant la mise en place de l’inconscient. Et c’est là me semble-t-il que l’on rejoint la question du corps, c’est-à-dire qu’il faut postuler un type de mémoire antérieur à la mémoire représentative. Freud n’a jamais apporté de réponse mais le concept de l’objet a élaboré par Lacan est sans doute de nature à nous permettre de répondre. S’il y a bien une conjonction entre les premiers marquages et les premières coupures, c’est-à-dire entre les découpes accomplies sur le corps lors de la perte des objets a et les premières inscriptions primordiales qui se feraient sur le corps, cela conduit à penser que dans ces temps archaïques où la coupure entre le corps et le signe ne serait pas encore accomplie, c’est le corps qui constituerait pour le sujet la seule expérience possible de la mémoire. C’est lui, qui conserverait seul la mémoire de l’empreinte des choses.

D. de P.: Je suis d’accord avec ce que tu dis sauf peut-être quant à ce mouvement, toujours, de chute.

 Je pense que dans les différentes acceptions de l’objet a, la voix, le regard…, il y a quelque part la notion d’éclat, ce sont des éclats du corps, ce ne sont pas simplement des chutes, ce sont aussi bien des pertes que des formes comment dire… de sidération, de communication au sens strict, parce que l’objet a c’est aussi l’objet du désir, c’est aussi une forme d’objet transitionnel, c’est ce que tu dis mais avec l’idée d’ouverture. Ton sourire c’est aussi bien un appel qu’une chute et, avant de tomber, il était là, il était présent, il se tenait droit. Il éclairait quelque chose, il éclairait ton visage et il devait éclairer le visage de la mère. 

Au fond il faut s’entendre sur le mot chute : c’est quelque chose qui clôt et qui ouvre, par exemple la chute d’une phrase qu’est-ce que c’est ? Ca clôt quelque chose, mais ça appelle autre chose, un peu comme le sourire dont tu parlais. Si on entend chute comme la chute d’un texte, d’une phrase, d’un vers, ce n’est pas un truc qui tombe.

 Tu dis « tombe » parce que vous êtes dans « votre » symptôme, dans ce « sinthome » qui ne doit pas tomber, chuter, mais se modifier pour que le désir reste possible…

Bibliographie

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                      – « se construire un passé », in Journal de la psychanalyse de l’enfant, n° 7, Paris, Centurion, 1989

G.Deleuze – logique du sens, Paris, éditions de Minuit, 1969

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F. Dolto – le cas Dominique, Paris, Seuil, 1971

                – l’image inconsciente du corps, Paris, Seuil, 1984

Fedida – corps du vide, espace de séance, Paris, J.P Delarge, 1967

Gentis – leçons du corps, Paris, Flammarion, 1980

R. Gori – « entre cri et langage : l’acte de parole », in D. Anzieu (dir.) Psychanalyse et langage , Paris, Dunod, 1977, pp. 70-103

A. Green – ‘le langage dans la psychanalyse ’, in Langages, 2èmes rencontres d’Aix-en-Provence, 198, Les Belles Lettres, Paris, 1984, pp.19-250

R. Jakobson — Essais de linguistique générale, Paris, Editions de Minuit, 1963

Klein – « les racines infantiles du monde adulte » in Envie et Gratitude, Paris, Gallimard, 1968, pp.95-117

J. Lacan – « fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Ecrits, Paris, Seuil, 1966, pp.237-322

                 – les écrits techniques de Freud, Séminaire I (1953-54), Paris, Seuil, 1975

C. Levi-Strauss – « l’efficacité symbolique », in Anthropologie structurale I, Paris, Plon, 1958, pp.205-226

C. Melman — l’homme sans gravité, Paris, Denoël (Folio), 2005

D. Pennac – chagrin d’école, Paris, Gallimard, 2007

G. Rosolato — essais sur le symbolique, Paris, Gallimard, 1969

[1] L’image inconsciente du corps, p.360

[2] Nouvelles études sur l’hystérie

[3] ‘Fonction et champ de la parole et du langage’ in Ecrits

[4] ibid, p. 301

[5] Chagrin d’école, ch. III, pp. 115-190

[6] sumballein est « rapprocher par la pensée », « mettre en commun ». Cette communication s’opère par l’absence de ce qui est re-présenté, rendu présent mentalement par la substitution d’une image, d’un mot, d’une chose, à ce qui se trouve être physiquement absent.

[7] Leçons du corps, pp.100-101

[8] Les écrits techniques de Freud (séminaire I)

[9] ‘Fonction et champ de la parole et du langage’ in Ecrits, p.319

[10] « se construire un passé », in Journal de la psychanalyse de l’enfant, n° 7, p.205

[11] La violence de l’interprétation

[12] « se construire un passé », op.cit, p.219

[13] Corps du vide, espace de séance

[14] op.cit., p. 45

[15] ibid, pp. 246-247

[16] art.cit., Ecrits, p.256

[17] Anthropologie structurale I

[18] P. Fedida, op.cit.

[19] G. Deleuze, Logique du sens

[20] Essai sur le symbolique

[21] ‘le langage dans la psychanalyse ’, in Langages, p.139. La « représentance », comme impossible achèvement de la représentation entre les deux bornes de la pulsion et de la pensée, est opposée par A. Green à la « séduction de la formalisation », qui conduirait J. Lacan à la conception de « lalangue » et à l’« idéal mathématique » du « mathème »

[22] op.cit, p. 189

[23] J. Derrida, De la grammatologie

[24] On peut noter que, parmi les six fonctions de communication de R. Jakobson, trois d’entre elles pourraient, dans le sens de cette analyse, être appelées « fonctions contenantes » du langage : la fonction phatique, de contact ; la fonction métalinguistique, de code ; la fonction expressive.

[25] F. Dolto, Le cas Dominique, p.200

[26] R. Gori, « entre cri et langage : l’acte de parole », in Psychanalyse et langage (D. Anzieu dir.)

[27] ibid.