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 Agnès Giard – Au cinéma, les cascades sont encadrées, pourquoi pas les scènes de sexe ?

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Texte publié le 21 mai 2022 sur le blog de Libération « Les 400 culs ».

Depuis le mois de mars, tout film réalisé en France est censé inclure la présence d’un « référent » chargé de veiller au grain pour prévenir les abus sexuels. Explications avec Didier Carton, un des rédacteurs d’un kit de prévention.

Adieu mains baladeuses et « bisous » (sic) volés sur les seins : depuis deux mois, un kit de prévention est distribué dans les milieux audiovisuels pour mettre fin aux VHSS — un acronyme désignant pêle-mêle les « violences à caractère sexuel, le harcèlement sexuel et les comportements sexistes ». Toute personne ayant assisté à un acte déplacé doit pouvoir le signaler. Toute personne jugée coupable de harcèlement sexuel devra être sanctionnée (comme le prévoit l’article L1153-5 du code du travail), ce qui selon la jurisprudence conduit au licenciement, même s’il s’agit de l’actrice principale ou du réalisateur. Pour Didier Carton, l’un des rédacteurs du kit, délégué du Comité central d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail de la production cinématographique (CCHSCT cinéma), il ne s’agit pas, bien sûr, de rejouer sur les plateaux l’Inquisition, mais d’éviter que se reproduisent des schémas d’abus : « C’est la prise de parole d’Adèle Haenel, en novembre 2019, qui a servi de déclencheur en France. »

Deux ans après l’affaire Weinstein, les révélations de l’actrice font l’effet d’une bombe dans le milieu du cinéma français. « A cette époque, les numéros d’aide psychologique commandités par les grandes entreprises pour aider leurs salariés en souffrance n’étaient pas à la portée des petites entreprises, explique Didier Carton. Cela renvoyait l’individu à l’obligation de résoudre son problème seul. Pour en finir avec l’omerta, il fallait s’adapter, trouver d’autres solutions : faire en sorte que plus personne n’ait peur de parler, ni d’écouter. C’est ainsi qu’est venue l’idée que les référents — sorte d’ambassadeurs en matière de VHSS — se généralisent, y compris en dessous des effectifs fixés par le code du travail. » La présence d’un référent n’est pas obligatoire mais fortement recommandée. Et n’importe qui dans l’équipe peut se porter volontaire pour le devenir.

« Pas admissibles pendant la fabrication d’un film »

Le kit de prévention repose sur ce principe : quoi qu’il se passe pendant un casting, la fabrication d’un décor ou le tournage d’une scène, quelqu’un doit être mesure d’écouter s’il y a un problème. Non seulement écouter mais prendre au sérieux. Si, par exemple, un ou une stagiaire se fait siffler à répétition par les techniciens, le référent n’est pas là pour dire « C’est pas grave ». Didier Carton : « Lorsque des personnes se sentent agressées — à tort ou à raison, peu importe —, le référent doit les écouter, puis faire remonter le signalement afin que l’entreprise enquête et agisse. La première action est que la victime soit protégée. Prenez le cas — volontairement caricatural — d’un ou une débutant·e, soumis·e à des paroles libres. Au début, on se dit que c’est juste une blague. Vient ensuite le sentiment d’exclusion. Sans référent, c’est seul·e contre tous et le lieu de travail — qui s’est mué en lieu de répulsion — peut facilement générer une souffrance, ou des pathologies susceptibles de conduire à la désinsertion. »

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