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Jean-Paul Hiltenbrand – De la subjectivation du corps

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J’avais intitulé ce propos de ce soir : subjectivation du corps. En effet, on peut poser le problème de la manière suivante : l’analyse est une pratique du langage, de la parole, du signifiant. Comment est-ce que le corps dans une telle pratique qui n’est donc qu’une pratique du langage, comment le corps est donc appréhendable, d’une certaine manière, puisque nous n’y touchons pas, nous ne nous en occupons pas en apparence et cependant, ce corps est tout à fait présent dans les cures.

Alors, la question est de savoir comment du langage au corps s’instaure un pont, une liaison, et c’est donc à cette question vaste que mon propos de ce soir va tenter de procéder à quelques liens.

Le corps c’est quelque chose de plus ou moins familier à chacun d’entre nous mais parfois aussi, il est totalement ignoré comme nous l’observons dans l’expérience clinique. Il peut être l’objet de répugnance voire de crainte et il peut être l’objet aussi d’un certain attrait.

Comment est-il concevable qu’il y ait de telles variations pour chacun au regard de ce corps ?

Eh bien les diverses pathologies que nous pouvons rencontrer dans notre clinique qui affectent la relation au corps, c’est-à-dire par exemple l’hypocondrie, la mélancolie, les psychoses en général, bien sûr la fameuse hystérie ou la névrose obsessionnelle, la phobie etc. Chacune de ces pathologies à un rapport spécifique à ce corps.

Par ailleurs nous avons cette problématique qui est la question du sexe.

C’est d’emblée une question parce que, peut-être que ce sera l’objet de notre débat de tout à l’heure, est ce qu’il fait vraiment partie du corps ? Ce sexe tel que nous en parlons.

Est-ce que ce serait un élément tiers, dans cette relation du langage au corps c’est-à-dire qu’il serait dans un statut particulier ?

Nous savons que ce sexe participe éminemment de nos échanges sociaux et j’en voudrais pour preuve cette lutte sauvage des sexes qui a traversé les derniers siècles dans cette fameuse guerre qui a transité dans nos sociétés et qui vient toujours poser la question : mais où est la vérité de ce conflit ?

Freud nous disait que l’anatomie c’est le destin, et peut être que, en fait, c’est quelque chose d’autre qui est désigné au travers de cette guerre.

Et puis encore, plus avant, dans cette relation au corps nous savons aussi, nous percevons, très intuitivement, qu’il y a une relation de type masculine ou de type féminine, sans oublier, bien entendu, du côté féminin, les transformations, parfois inquiétantes dans la cli- nique, qui concernent la grossesse.

Alors, au regard de ce catalogue probablement incomplet, nous pouvons situer un certain nombre de choses. C’est que le corps est le lieu de plaisir, de déplaisir, c’est aussi un lieu de jouissance dans son sens le plus général, mais c’est aussi un lieu érotique par excellence : lieu du fantasme et du désir.

Peut-être, je vais vous surprendre car c’est aussi, ce corps, le lieu d’origine du Politique.

À savoir que le Politique promeut le bien être, le bonheur et concerne, donc, directement ce corps et c’est aussi le lieu d’un type de civilisation puisque, comme vous le savez, vice et vertu concernant ce corps ont toujours été mis en avant dans les modalités d’éducation ou dans les modalités du vivre ensemble au travers de notre civilisation. Enfin, ce corps est aussi le lieu d’un parasitage par le signifiant, autrement dit, le corps est un lieu où se constituent diverses formes de savoir.

Formes de savoir, diverses sans doute, chacun revendiquant le sien mais où le sexuel et j’y reviens, se présente plutôt comme un savoir en question par opposition au savoir sur le corps.

Autrement dit, pour en finir avec cet avant-propos, est ce que la subjectivation du corps est-elle concevable avec ou sans le sexuel ou bien devons-nous inverser la question : celle de savoir si c’est le sexuel qui finalement permettrait de subjectiver ce corps ?

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