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MARC DARMON – LA TOPOLOGIE ET LE TEMPS

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AEFL Séminaire de psychanalyse 2008-2009

C’est une réponse que je donne parfois lorsque l’on me demande dans les entretiens préliminaires, combien de temps ça va durer cette analyse ? Je réponds parfois, pas toujours, je réponds parfois « faut le temps » et ce que je ne dis pas, c’est que ce « faut » je l’écris aussi avec un x. Pourquoi ? Eh bien, cette question « Combien de temps cela va-t-il  durer ? », cette question s’adresse à l’analyste en tant que sujet supposé savoir et c’est une question qui risque effectivement de le figer d’emblée, dans cette position de savoir à l’avance quelque chose d’essentiel sur la vérité du sujet.

Donc ça serait d’emblée adopter cette position fausse que d’y répondre. Et il y a bien sûr dans ce « faut le temps » avec aussi un x, cette référence à Radiophonie, dans cette intervention à la radio, il y a un très beau passage où Lacan joue sur le cristal de la langue, comme il dit, à propos donc du temps et du faut. « Mon épreuve, dit-il, ne touche à l’être qu’à le faire naître de la faille que produit l’étant de se dire ». Plus loin « à l’étant, il faut le temps de se faire à être ». Lacan joue sur le cristal de la langue pour réfracter du signifiant ce qui divise le sujet. « Ce qui faudra, dit-il plus loin, de ce qu’il faut le temps, c’est là la faille dont se dit l’être. »  Faudra de ce qu’il faut de temps. Ici dans ce « faudra » il fait allusion à l’étymologie commune du verbe falloir et du verbe faillir, c’est-à-dire le verbe fallere, tomber dont le participe passé falsus, le chu est à l’origine du faux. Parce qu’il s’agit dans ce « faudra de ce qu’il faut le temps » de ce qui va tomber, n’est-ce pas, de ce qui va tomber dans ce qui faudra de temps, c’est-à-dire que le temps est envisagé là comme objet chu, comme objet a, c’est une des dimensions de l’objet a, le temps.

C’est ce que nous avons rencontré au cours de ces journées lorsque nous avons parlé du temps logique. Lacan insiste sur cette hâte, n’est-ce pas, qui est une des dimensions de l’objet a ? On pourrait dire que l’objet a a deux dimensions temporelles dans la hâte que vous retrouvez donc dans l’histoire des prisonniers, dans ces différents moments de scansions où joue cette hâte. Donc la hâte, c’est une dimension temporelle de l’objet a.

L’autre dimension à mon sens, c’est l’attente c’est-à-dire cette dimension dont Lacan parle dans l’Angoisse c’est-à-dire lorsque le sujet a affaire à l’Autre et à la question de l’Autre sur son désir. Donc cette question de l’Autre sur son désir et aussi bien la question sur le désir de l’Autre, sur la cause de son désir, c’est cette dimension propre à l’angoisse et à l’attente.

Je suis donc parti de  cette question de celui qui s’engage dans une cure, combien de temps ? Et je discuterai maintenant d’un texte qui a été plusieurs fois évoqué au cours de ces journées, c’est Fonction et champ de la parole et du langage où Lacan parle du temps comme une des dimensions essentielles de la réalité dans la cure.

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