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Catherine Millet – L’éthique de la psychanalyse selon Freud et après Lacan

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Anne Videau – Freud, nous disent Patrick Guyomard et Charles Melman, jugeait les femmes « peu douées pour la morale ». Et pour cette dernière soirée de l’année consacrée à l’éthique de la psychanalyse selon Freud et après Lacan, ils ont souhaité vous demander, Catherine Millet, de réfléchir avec eux à ce que nous dirons, à ce que vous direz avec eux de leur éthique.

Vous avez accepté leur invitation, et vous nous faites le très grand plaisir et l’honneur d’être là avec nous.

Permettez, chère Catherine, que je vous présente quand même brièvement, tout en vous remerciant : vous êtes critique d’art et écrivain, cofondatrice en 1972 de la revue Art Press dont vous êtes aujourd’hui la directrice. Vous êtes l’auteur de nombreux ouvrages sur l’art contemporain et vous avez écrit plusieurs récits autobiographiques. Votre abord de la vie de Catherine M en 2001, dans celui connu pourrais-je dire universellement, si on en juge à ses traductions, La vie sexuelle de Catherine M, et dans ceux qui ont suivi, jusqu’à il y a deux ans, Une enfance de rêve, cet abord touche d’un biais personnel le sujet qui nous intéresse ce soir.

Si vous le voulez bien, je vous laisserai donc la parole la première pour ce moment de dialogue que vous nous offrez. Merci donc à vous Catherine, merci à vous Patrick et merci à vous Charles.

 

Catherine Millet – Alors comme j’ai quand même un tout petit peu de morale, je vais vous faire un aveu d’emblée. J’ai un jour entendu une amie artiste… on s’apprêtait comme ça à faire une intervention l’une et l’autre devant le public, et juste avant qu’on s’installe, elle m’a dit : « Oh là là ! Je n’aime pas ce genre de situation, j’ai toujours l’impression d’être une

usurpatrice ». Donc j’ai exactement ce sentiment-là, ce soir, d’être une usurpatrice, parce que je ne pense pas que ma pratique ni de critique d’art ni d’écrivain m’ait prédestinée à parler comme ça avec… je ne sais ! Dès qu’on est sur une estrade, on vous prête une certaine autorité que je n’ai donc absolument pas. Alors bon, je vais quand même essayer de me sortir de cette situation.

Il se trouve que j’avais proposé…, eh bien je viens avec ce que je sais faire du coup. Et ce que je sais faire, c’est écrire des livres. Actuellement, je suis en train d’écrire un livre sur un auteur qui est à la fois très célèbre et puis assez inconnu parce que très peu lu aujourd’hui, qui est David Herbert Lawrence, c’est-à-dire l’auteur de Lady Chatterley1 [3]. Et lorsqu’Anne m’a téléphoné pour me convier à cette soirée, il se trouve que… Alors c’est un ouvrage, c’est un essai, ce n’est pas une autobiographie, c’est une réflexion justement sur les personnages féminins, dans son œuvre – parce qu’il n’y a pas que Lady Chatterley, il y a de très nombreux romans avec beaucoup de figures féminines. On peut dire que son sujet principal, c’était les femmes de son temps, et je pense que ce qu’il disait des femmes de son temps, eh bien il y a encore des choses à y prendre. Et donc cet essai sur ces figures, sur la manière dont il regarde les femmes… il se trouve que j’étais à un moment dans un petit passage, comme ça, où il était quand même un petit peu question de morale.

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