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Marie-Christine LAZNICK – LACAN ET L’AUTISME

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Le fossé s’est creusé dans les quinze dernières années entre les psychanalystes s’occupant d’autisme et les autres. Ce numéro le met en lumière. Je pense que l’autisme est une pathologie innée qui déroute les parents au plus haut point, en quelques semaines. Recevoir des bébés avec leurs parents est une expérience extraordinaire car dans les premiers mois de la plasticité cérébrale et génétique (l’épigénétique) nous permet parfois d’obtenir une réversion du tableau. Mais pour cela il faut faire le deuil et s’occuper d’étiologie pour se concentrer sur les outils psychanalytiques qui permettent de modifier le tableau de départ. Cet article se propose de les expliciter.

 

Lacan avait plutôt une drôle de conception du moi. Selon lui, l’appareil psychique n’est pas mono, mais bicentré, par le moi et le sujet de l’inconscient. Il s’agit en effet de deux pôles qui ne se superposent nullement. Lacan aimait dire que la révolution qui avait rendu envisageable la pensée moderne n’était pas le fruit de l’avancée copernicienne qui avait resitué le soleil au centre de l’univers, mais la découverte de Kepler qui conférait une trajectoire elliptique aux planètes, autrement dit une orbite déterminée non par un, mais par deux foyers distincts.

Je ne développerai pas ici la théorie du sujet chez Lacan, bien qu’il s’agisse de l’une des parts les plus passionnantes de son enseignement, dans la mesure où nous ne pouvons en saisir l’enjeu qu’à la condition d’avoir d’abord fermement appréhendé sa conception du moi. Si le sujet de l’inconscient s’avère profondément articulé à l’ordre symbolique du langage, le moi, toujours pour Lacan, relève d’une instance imaginaire qu’il assimile à l’image spéculaire du corps propre. Par conséquent dans ce dispositif, le sujet perçoit d’abord son propre rnoi en tant que hors de lui-même. Le moi est donc un produit de l’aliénation à l’image, un effet de l’aliénation au pur sens littéral du mot. De ce fait, le moi a hérité d’une mauvaise réputation parmi les lacaniens. Tout analyste sérieux envisage le travail classique de la cure analytique comme mise à l’écart dudit moi aliénant au profit du sujet de l’inconscient. Mais quelle position adopter lorsque nous nous retrouvons confrontés à une clinique où le moi aliéné de la théorie lacanienne n’a pas même encore été constitué, lorsque affrontée au traitement clinique de l’autisme, je fus amenée à découvrir combien était précieux et nécessaire ce moi, si aliéné à l’image spéculaire soit-il ?

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