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Jean-Louis Rinaldini / Ah ! La belle chose que de savoir quelque chose !

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« Ah ! La belle chose que de savoir quelque chose ! »
Molière – Le Bourgeois gentilhomme (1670)

On trouve dans des émissions d’informations réputées ou sur le web une multitude de sites au demeurant très sérieux couvrant l’actualité des sciences, de la recherche et des innovations techniques en balayant l’essentiel de ce qu’il faudrait retenir ou « savoir » dans ces domaines. De la soif de connaître (pulsion épistémophilique disait Freud) à ses traductions techniques bien souvent autant inutiles que spectaculaires il n’y a désormais qu’un pas franchi à un rythme effréné, dans une accélération temporelle d’autant plus sidérante qu’elle est éphémère. Pourrait-on qualifier cet état de fait de NEJ ? La Nouvelle Economie de la Jouissance ?

Petit tour d’horizon très restreint à visée propédeutique mais entièrement arbitraire de ce que nous révèle aujourd’hui LA SCIENCE et ses traductions technologiques.

PERDRE LE NORD

Comme tout le monde le sait le champ magnétique de la Terre est plus faible dans une large zone de l’Amérique du Sud à l’Afrique. Ce qui est connu sous le nom d’anomalie de l’Atlantique Sud. Mais, vous ne vous en êtes pas aperçu, cet affaiblissement s’étend de plus en plus. D’abord, il faut savoir que notre champ magnétique prend racine dans le noyau de notre planète. Il est généré par des mouvements de convection du fer liquide au cœur de la Terre. [source Numerama] Ces courants électriques sont dynamiques et changent au cours du temps et le pôle nord magnétique se déplace de plusieurs dizaines de kilomètres par an. Une hypothèse avancée pour expliquer l’anomalie de l’Atlantique Sud est l’inversion magnétique des pôles. Comme on sait que les pôles nord et sud se sont régulièrement inversés depuis la formation de la Terre, en moyenne, tous les 200 000 ans à 300 000 ans et que le dernier inversement majeur a eu lieu il y a 780 000 ans, cette anomalie pourrait donc, selon certains scientifiques, être les prémices d’un nouveau retournement des pôles. A moins de rêver à une sphère avec un seul pôle (unipolaire donc une asphère)) dont Lacan s’inspirera pour représenter la coupure du fantasme avec la surface dite de Boy. Celle-là même qui sert de Logotype au GNiPL. 

DÉCLARATION DE PERTE AIE !…

La perte de l’os pénien chez l’être humain semble être une question étrange, mais qui ne l’est pas tant que ça, si on regarde les autres mammifères et surtout les primates. Cet os pénien, aussi appelé baculum, est présent chez tous les primates non humains, du gorille au chimpanzé, et aussi chez nos ancêtres communs. Il est détaché du reste du squelette ; on parle donc d’un os flottant.

Il permettrait de stimuler l’ovulation des femelles, faciliterait la pénétration et aiderait à prolonger le temps d’accouplement. Ce qui est un moyen de maximiser la réussite de la reproduction. Selon des anthropologues de l’University College de Londres (UCL), si les humains en sont dépourvus, c’est qu’ils ne font pas d’intromission prolongée. En clair, la durée entre la pénétration et l’éjaculation est très courte, soit 2 minutes en moyenne selon eux. De plus, les mâles humains ont une compétition faible, car notre espèce a tendance à n’avoir qu’un partenaire sexuel à la fois ; donc des modèles d’accouplement différents de ceux des primates auraient conduit les homininés à perdre cet os pénien au fil de l’évolution. source

POUVEZ-VOUS TOMBER DU LIT QUAND VOUS RÊVEZ ?

Le sommeil paradoxal, c’est la période du sommeil qui revient 3 à 4 fois par nuit, et pendant laquelle on rêve. Un bienfait pour la psychanalyse ! C’est un médecin neurophysiologiste, Michel Jouvet, qui l’a décrite pour la première fois à la fin des années 1950, chez le chat. Depuis cette date, de nombreux travaux ont été entrepris pour essayer de comprendre comment cet état de sommeil et de vigilance particulier est généré. Quelle est la zone du cerveau et les neurones qui sont à l’origine du sommeil paradoxal ?

La particularité du sommeil paradoxal réside dans le fait que le corps soit immobile, comme naturellement paralysé, alors même que l’activité cérébrale est maximale. D’où le nom de paradoxal, puisqu’il s’agit d’une activité cérébrale supérieure à celle de l’éveil, mais dans une immobilité quasi complète. Et c’est tant mieux : si vous rêvez que vous courrez, vous ne tomberez pas de votre lit.

Ce professeur avait grossièrement délimité une zone dans le cerveau responsable de cette phase de sommeil, au niveau du cerveau reptilien des mammifères, située dans la moitié arrière du cerveau. Des chercheurs français se sont donc intéressés à cette région du cerveau. En la manipulant chez la souris et le rat avec des outils génétiques, ils ont découvert, non pas le générateur du sommeil paradoxal comme attendu, mais les neurones qui contrôlent l’atonie musculaire, c’est-à-dire la paralysie des muscles qui caractérise le sommeil paradoxal.

Ce sont ces neurones, quand ils sont spécifiquement activés pendant le sommeil paradoxal, qui sont responsables de notre immobilité. Or, un dysfonctionnement de ces neurones pourrait expliquer différents troubles neurologiques, comme les paralysies du sommeil et un trouble appelé RBD, où à l’inverse les patients bougent énormément.

PAS LA PEINE DE RÊVER C’EST DÉJÀ LÀ

Récemment à Las Vegas se sont réunis les start-ups de la planète pour nous proposer leurs dernières innovations dans le célèbre salon des technologies où s’annonce le quotidien de demain dans un véritable concours Lépine Hight tech ! Les innovations de Vegas ne s’attachent plus seulement aux divertissements, mais aussi à la santé. Par exemple Le Français Dassault Systèmes a utilisé son savoir-faire dans les logiciels aéronautiques et automobiles pour modéliser la plus complexe des machines : le corps humain. But que chacun de nous ait à terme un jumeau numérique médical.

On pense qu’on peut maintenant recréer des copies parfaites de votre cerveau, de vos poumons, de vos reins et de votre foie, pour que le médecin puisse faire des simulations. Faire une opération chirurgicale sur votre jumeau numérique, la perfectionner, s’assurer qu’il fait les bons gestes qui vous donneront le meilleur résultat afin de faire ensuite l’opération réelle sur vous plus rapidement et efficacement.

Le médical connecté est donc la grande tendance. Une autre entreprise française a inventé un véritable laboratoire d’analyse d’urine miniature qui s’installe aussi facilement qu’un bloc WC et envoie les résultats à votre médecin. Miniature aussi, ce nouveau test COVID et grippe révolutionnaire, il suffit de souffler dedans et en 60 secondes vous savez si vous êtes infecté par un virus ! Pour lutter contre le concert assourdissant des ronfleurs, voici un oreiller ultra technologique commandé par le micro de votre smartphone qui surveille votre sommeil. Au premier bruit de ronflement, des airbags, à l’intérieur de l’oreiller, analysent votre position entrent en fonction et redressent votre tête, pour vous permettre de mieux respirer et donc de faire cesser les ronflements sans vous réveiller.

Il y a plus étonnant grâce à un petit appareil étonnant placé sur mon appareil photo, je vais prendre un portrait qui va me dire à quel point j’ai mauvaise mine ou pas ! Après le scanner, résultat instantané : un score de 8,4 sur 10 pour ma peau mais je peux mieux faire au niveau des rides. Cela déclenche une imprimante 3D qui se met à réaliser mes propres vitamines faites sur mesure.

ET ALORS ?

Mais qu’est-ce que cela nous fait de connaître tout cela ? Nous pourrions nous exclamer comme monsieur Jourdain « A, E, I, O, U, cela est vrai.  Vive la science ! »

Mais nous pourrions aussi, parmi les ruses qui sont à notre disposition, user de celle qui consisterait à tester un peu où va le discours de la science et les difficultés que nous crée son intrusion massive dans nos vies appareillées. Lacan tirait déjà la sonnette d’alarme :

[…] Je dois me limiter à noter que ce qui caractérise comme tel le sujet de la science c’est ce à quoi pourrait être donné un nom propre (Lacan, Livre XIII, L’objet de la psychanalyse, 1966, 12 janvier, p. 61).

Or, le nom propre c’est ce qui s’efface dans le discours de la science. Puisqu’il est parfaitement possible de faire état d’un théorème qui serait celui de Pythagore par exemple sans nommer ce dernier ; c’est donc en tant que nom propre que le sujet de la science se trouve effacé au profit d’un mode d’énonciation a-subjectif et atemporel. Forclusion du sujet comme il se dit en « lacannerie ».