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Jean-Pierre Lebrun – Où est passée la perversion ?

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Je commencerai par cette petite anecdote qui en dit long sur « l’immonde sans limite » auquel nous avons affaire aujourd’hui : un chauffeur de taxi, outré par les abus et corruptions de toutes sortes en vigueur dans notre monde, me dit son embarras : j’ai trois filles, et je ne sais plus à quoi je dois les éduquer : au vice ou à la vertu !

Il ne faut pas unifier la perversion. Il existe « des » perversions et elles ne sont pas toutes à mettre sur le même plan.

Ainsi si, bien sûr, la structure perverse est l’une des trois structures à laquelle se réfère sans cesse la psychopathologie, il n’en reste pas moins que la perversion entendue comme l’organisation psychique qui défie la Loi, enfreint celle-ci tout en sachant ce qu’elle est, souvent d’ailleurs celle du père, se débarrasse de toute altérité, se supportant de l’idéal d’un objet inanimé et donc instrumente l’autre, et ne vise que la jouissance, cela sans culpabilité n’est pas la seule perversion que nous rencontrons.

Il y a d’abord aussi évidemment ce que Freud nous a appris très tôt dans son œuvre, à savoir l’existence de la perversion polymorphe de l’enfant.

J’ai ajouté dans « La perversion ordinaire » qu’aujourd’hui, nous voyons la maintenance de cette perversion polymorphe au-delà de la période de l’enfance ; celle-ci continue à exister chez l’adulte, à organiser son existence et c’est ce que j’ai appelé précisément « perversion ordinaire » qui n’est pas sans donner des tableaux cliniques « d’allure perverse » mais sans pour autant que nous n’ayons à faire à des sujets véritablement pervers.

Je me demanderai avec vous aujourd’hui s’il ne conviendrait pas d’identifier qu’une autre manière de perversion, pourrait voir le jour : perversion sans la norme et non plus perversion contre la norme.

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