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Charles Melman – Le pervers suprême

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Pour parler du Pervers suprême, je dispose d’un instrument efficace, la gaffe que vient de me passer Stoïan Stoïanoff. Je trouve qu’il a bien raison parce que pour parler valablement de la perversion, il faudrait trouver un mode d’articulation qui soit suffisamment léger comme dit Lacan, voire erroné, pour dessiner la place de l’objet en cause et non pas prétendre le saisir, voire le maîtriser à la façon même dont procède justement le pervers. Autrement dit, comment parler de la perversion sans s’exposer au risque de se retrouver dans la position que l’on est en train de situer, d’articuler ?

Ce que pour ma part j’ai beaucoup apprécié dans vos exposés, c’est la tentative de laïciser la question. La laïciser, c’est-à-dire la faire sortir de ce postulat d’ombre ou de mystère dont on aimerait laisser le pervers entouré – le terme de ‘mystère’ touchant, inévitablement bien sûr, à la religion. Et d’une manière ou d’une autre, même quand il s’en défend, le pervers effectivement a toujours un rapport solidement noué avec la religion. D’ailleurs quand Lacan dit Père-version, autrement dit ce qui viendrait là organiser le mouvement, je n’ose pas dire de ce sujet, je dirais de ce parlêtre, est assurément soutenu, mis en place par la référence au Père.

L’une des questions que l’on pourrait sans doute reprendre est de savoir si la perversion fait lien social ou si elle est une affaire non pas particulière mais singulière. Autrement dit, est-elle susceptible d’établir un fonctionnement réglé dans une communauté organisée autour d’une jouissance commune qui permettrait à la dite communauté de se tenir ? Si c’était le cas, il faudrait reconnaître le style ou les particularités de ces communautés perverses et puis, à partir de ce moment-là, en venir à ce qu’il en serait d’un discours pervers — puisque seul le discours est en mesure de mettre en place, de soutenir ce qu’il en est du lien social.

Alors pourrions-nous tenter l’écriture d’un discours pervers sans pour cela contrevenir à l’écriture lacanienne ni y introduire d’éléments à ce point discordants qu’ils se trouveraient du même coup dénier la référence au discours tel que Lacan l’établit ?

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