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Gisela Avolio / Le côté de la vie

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Dans le « champ » de la psychanalyse — si l’on pouvait lui attribuer cette qualité d’en former un, car cela exigerait une constante unificatrice — il est possible que certaines interrogations et querelles perdurent dans le temps. 

L’un d’eux est, Pourquoi la guerre ? [1] Question également en tête d’une lettre ouverte par laquelle Freud répondait à une autre question que lui adressait Albert Einstein : existe-t-il un moyen qui permette à l’homme de se libérer de la menace de guerre ?

La raison de la guerre, 89 ans après qu’elle a été formulée, est toujours une question simple et énergique, dans le style du professeur Freud, et dont la validité inquiète beaucoup d’entre nous en ce moment, bien que je ne puisse pas garantir que la majorité, bien sûr. 

Cet article ainsi que d’autres qui composent la doctrine freudienne pour citer Totem et Tabou, Le malaise dans la culture, Psychologie des masses et analyse de soi, les Leçons introductives, Considérations sur la guerre et la mort, etc… contiennent les investigations qui entourent et anticipent la question de la pulsion de mort. Certains de ces développements sur l’impuissance humaine, la cruauté, le narcissisme des petites différences, la tyrannie, la toute-puissance, l’agressivité, le semblant de domination, acquièrent une dimension différente lorsque devient la Première Guerre mondiale. Ce qui insiste en chacun d’eux, c’est la rencontre inexorable avec la force thanatique qui se complaît dans la destruction de sa propre place[2], une force à caractère démoniaque qui aspire toujours à un malaise que même le sujet lui-même peut préférer. 

La vie n’est pas un conte de fées comme on voudrait le croire, prévient Freud, car au final il n’y a pas d’extermination du mal. Et ces titans, Eros et Thanatos, matérialisés dans la pulsion, livrent la bataille perpétuelle pour le programme de la culture.

De cette façon, nous trouvons dispersés dans ses écrits des commentaires brefs et précis, certains ironiques sur l’État, mais jamais avec le prétexte d’une théorie qui l’engloberait. 

On sait aussi la limitation que comporte la psychanalyse comme discours dans la mesure où elle n’est pas une vision du monde. C’est plutôt un discours impossible (avec gouverner et éduquer), qui cherche à accueillir cette impossibilité et à en faire. Une merveilleuse réponse de Freud à Whilheim Reich et sa prétention à prévenir la névrose est un exemple clair de la façon dont le professeur Herr a inventé l’impossible au cœur du discours : « ce n’est pas notre but ou la fin de notre existence {référence à la psychanalyse}, pour sauver le monde ».[3]

Cependant, et malgré l’apolitisme que certains ont préféré assumer en répondant à la question de Max Eastman, « qu’êtes-vous politiquement ? », répondit-il, « Politiquement, je ne suis rien », Freud a distillé une position éthique et humaine face aux faits de culture.

Joan Rivière raconte dans la biographie que Jones a faite, qu’à l’occasion des critiques qui lui ont été faites de ne pas se définir comme une couleur politique face à la montée du fascisme, de ne pas être blanc, noir ou rouge, Freud répondit en disant que politiquement il devait être d’une seule couleur : la couleur chair.[4]

Est-ce que la neutralité de l’analyste équivaudrait à l’insensibilité ? Non, définitivement. Et je considère que c’est là l’orientation freudienne ! dans la mesure où si l’abstinence de l’analyste relève de quelque chose — qui se limite au dispositif — ce sera dans l’hypothèse non pas de savoir ce qu’est le Bien du sujet mais dans une éthique du désir, comme Lacan l’a enseigné ; tandis que rien n’empêche sa sensibilité de lui faire se reconnaître dans la couleur chair, et ainsi s’opposer à ce qui implique une atteinte à la valeur de la vie. Une valeur qui n’est jamais plus grande pour certains que pour d’autres. 

En ce sens, je considère qu’une position encore politique est possible, mais sans s’habiller avec l’identification d’un drapeau, mais plutôt avec la défense (concept cher à Freud) de la vie ; Dans le champ de la psychanalyse, chaque fois prendre parti, c’est être du côté de la vie.

Gisela Avolio, actuellement analyste, est membre fondatrice de l’École freudienne de Mar del Plata et membre de la Fondation Européenne pour la Psychanalyse. Elle était résidente en psychologie à l’Htal. Dr Taraborelli spécialisé en neuropsychiatrie sous-zonale (Necochea, Bs. As.). Elle donne des cours dans les activités de l’Efmdp, et y coordonne le dispositif Pratique Psychanalytique avec Enfants et Adolescents, depuis 2010 ; Elle est actuellement enseignante et superviseure de la résidence en psychologie clinique des hôpitaux provinciaux de Necochea et Mar del Plata. Et elle donne des cours chaque année au Centre IPSI de Barcelone. Effectue la pratique de la psychanalyse dans la sphère privée.

[1] https://es.unesco.org/courier/march-1993/what-a-war-sigmund-freud-writes-albert-einstein

[2] S. Freud, « Considérations contemporaines sur la guerre et la mort ». 1915. Ed. Hyspamerica. Page 3160.

[3] Wilhelm Reich, « Reich parle de Freud », Ed Anagrana. page 60

[4] E. Jones dans « Vie et œuvre de Freud », texte de Joan Rivière. Tome 2, page 424.