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Daniel Rubinsztejn / L’ennemi digne

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Texte publié le 22 juillet 2026 à retrouver sur le site En el magen. Illustration : Rodrigo Illescas @rodrigoillescsph

 

Daniel Rubinsztejn . Psychanalyste. Docteur en psychologie (UBA) et professeur titulaire au sein du programme de maîtrise en psychanalyse de l’Université nationale de Rosario. Auteur de  *Psychanalyse, une pratique imparfaite* (2000), *Modes d’abstinence* (2006), *Sur une pratique qui ne serait pas une science* (2012), *Variations du sujet* (2021), *L’analyste sans toit* (2022) et *Voyages , un essai psychanalytique sur le singulier* (2026) .

La malade serrait ses vêtements contre son corps d’une main et tentait de les enlever de l’autre. Cette simultanéité contradictoire explique en grande partie la difficulté à reconnaître la situation décrite.[1] 

Ce corps étranger, le symptôme, est le lieu privilégié pour représenter l’effet de la tension entre les signifiants incarnés dans chaque main. Signifiants qui vivifient et mortifient, animent le corps et, avec la vie, introduisent la mort. Les deux tendances, fantasmes masculin et féminin, se coagulent en un symptôme.

Que dire du corps qui parle ? Peut-être rien, sinon écouter ce que le corps exprime à travers le symptôme. Et lorsqu’on écoute, on exprime ce que l’ on entend, et ce faisant, on l’inscrit sur le corps du transfert : un nouveau corps, entrelacé, imbriqué, entre l’analysant et l’analyste.

En déchiffrant le hiéroglyphe, l’interprétation inscrit, met en scène, crée l’inconscient : fantasme, désir, pulsion se ( dé)rencontrent sans s’effacer mutuellement. La satisfaction du désir demeure une fonction du symptôme, tout comme le plaisir procuré par des fragments du corps.

Cela (la vie instinctive), le Surmoi (condamnation, critique, auto-reproche), le Moi (défense/narcissisme) resserrent les filets du symptôme, attendant une lecture qui le nomme comme symptôme et le démêle.

Nommer un symptôme, ce n’est pas le classer, mais le faire entrer dans le domaine du langage. Le nommer le sort de l’anonymat du plaisir et l’intègre au champ du discours. Passer de l’ inconnu au nom qui lui confère sa dignité transforme la souffrance en un ennemi digne d’être analysé.

Que peut-on dire de la différence sexuelle ? Peut-être rien en dehors du symptôme. Au-delà du nom et du prénom, l’analyse ne nomme pas le symptôme qui se construit dès le début de la libre association.

Il se présente comme Ricardo, pourtant, parfois, en séance, c’est Graciela – sa femme, qu’il appelle « Maman » – qui parle à travers lui. Il parle par lapsus, il parle en rêve. Si je le saluais d’un « Bonjour Ricardo ! », peut-être que Graciela ne parlerait pas pendant certaines séances, ou du moins, sa voix serait différente.

En ( ne ) nommant pas le symptôme, une voie principale guide les pistes possibles dans chaque analyse : jalons de la dérive associative, points de capiton,  qui révèlent (et restituent) les limites des Noms du Père résultant de l’absence de garanties. Puisqu’il n’y a ni mot final ni nom de famille, il y aura des permutations et des substitutions.  

Les lettres qui ( ne ) nomment pas le symptôme situent l’endroit à partir duquel interroger le symptôme à partir des formations de l’inconscient. 

Il se présente comme Alejandro et dit avoir une petite amie nommée Alejandra — comme moi —, ajoute-t-il. 

—Vous vous appelez Alejandra ?

Changer de vêtements, changer de nom – se redécouvrir – n’est pas en soi un symptôme. Il n’existe pas d’affirmation universelle du type « pour tous ceux qui changent de nom… » – peut-être que si, pour certains. Ce changement ne garantit pas la fin de l’expression… Il s’exprime au-delà du nom et des vêtements choisis.

***

L’agacement causé par les (prétendus) formules de sexuation, auxquelles nous revenons sans cesse, provient du fait que le « non » — l’obstacle de la négation — est présent dans trois d’entre elles, des deux côtés et avec des fonctions différentes. Cette répétition est peut-être un clin d’œil qui révèle que la jouissance est une perte de jouissance, ce qui est soustrait, « ce qui ne doit pas exister », ce qui ex-existe, et qu’un mythe (il était une fois un proto-père qui, une fois assassiné, devient père) en est le médiateur.

Soustrayez le surplus de plaisir, qui est un petit peu plus — juste un petit peu plus — et un « c’est tout » : assez de plaisir (car c’est insupportable, sinistre, mortel, ombres de l’enfer).

Il ne nous reste que le symptôme, une condensation qui témoigne que quelque chose de perdu, quelque chose qui n’a jamais existé, demeure à l’horizon comme le trésor au pied de l’arc-en-ciel. Ce point d’arrivée pourrait être le début d’une analyse.

[1] S. Freud, « Fantasmes hystériques et leur rapport à la bisexualité » (1908).