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FEP / LE CORPS COMME LIEU D’ÉCRITURE

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Le corps comme lieu d’écriture – congrès de la F.E.P. (Fondation Européenne pour la Psychanalyse) à Rome les 29-30-31 octobre 2026. Illustration Manuel Cafini MOTIONPHOTOGRAPHY.

À l’ère de la transparence, de la mondialisation et de la numérisation, le corps continue de faire scandale : il échappe à toute domination totalitaire, résiste à la virtualisation, est le lieu mystérieux de la vie dans son combat avec la mort et, enfin, n’est corps que parce qu’il est habité par un désir énigmatique. Le corps est du désir qui prend forme, qui ne cesse de prendre forme.

La clinique nous confronte au fait que le corps n’est pas une donnée de départ, que le corps ne se réduit pas à sa biologie, qu’il n’est pas garanti de faire corps. La psychanalyse nous enseigne qu’il n’y a pas de corps sans altérité, qu’il n’y a pas de corps sans l’Autre. C’est grâce à la dialectique entre du sujet et de l’Autre que ce corps devient habité et habitable.

En 1966, à une table ronde du Collège de Médecine à la Salpêtrière, Lacan scandalisait par sa lucidité sur l’évolution de notre monde. La dimension de la jouissance du corps de l’homme allait commander à chacun de participer à l’emprise universelle de la productivité. Dans un raccourci saisissant, Lacan annonçait qu’à la prescription évangélique (Matthieu 5 : 29) « Si ton œil te scandalise, arrache-le » succéderait le slogan : « Si ton œil se vend bien, donne-le ». La découverte freudienne se lit alors à la fois comme l’annonce de ce monde de la Science et comme son traitement. La psychanalyse n’est en effet pas la clé des songes, la clé de la jouissance. L’inconscient est « une serrure aussi précise que possible » pour que son maniement « à la façon inverse d’une clé » serve au sujet à élaborer l’écriture d’un nouveau savoir. 

La demande de savoir fait du corps le lieu de l’Autre, et fait du sujet un sujet désirant. Ce lieu est là où le sujet « tient une marque qui échappe à sa propre maîtrise ». Lacan reprend la question du corps comme Autre dans sa leçon du 10 mai 1967 (La logique du fantasme) : « l’Autre à la fin des fins c’est… le corps » en tant que « le corps… notre présence de corps animal est le premier endroit où mettre des inscriptions… le corps est fait pour inscrire quelque chose qu’on appelle la marque. Le corps est fait pour être marqué ».

Partant de là, il s’agira de mettre à l’épreuve le caractère politique de ces affirmations, car si l’Autre est le corps, lieu d’inscription du désir inconscient, on en déduit des implications politiques, et peut-être qu’en pensant les choses en ces termes, on pourra mieux soutenir que le symptôme ne se réduit pas à un trouble, que l’écriture n’a rien à voir avec la numérisation, qu’un poème n’est pas un jeu de mots généré au hasard par l’intelligence artificielle et que le plaisir n’est pas la jouissance, mais son échelle.