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Collectif / Réponse aux mises en cause actuelles de la pédopsychiatrie et de la psychanalyse par la HAS

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Texte publié le 16 février 2026 et à retrouver sur le site de l’ALI.  Illustration Journal des Psychologues. 

Réponse aux mises en cause actuelles de la pédopsychiatrie et de la psychanalyse par la HAS relayées par la presse

 

Le 12 février 2026, l’HAS a publié ses recommandations sur les TND (troubles neurodéveloppementaux) : les méthodes inspirées de la psychanalyse sont passées de « non consensuelles » à « non recommandées ». Cette décision va avoir des conséquences sur notre pratique, tant en institution qu’en cabinet.

Le 10 février 2026, Bernard Golse avait publié une lettre – que nous reproduisons ici – à propos d’une enquête « calomnieuse » sur la Fondation Vallée, faisant porter à la psychanalyse la responsabilité des « désordres de la gouvernance institutionnelle et politique. »

Le 5 janvier 2026, après le vote au Sénat du projet de loi 385, visant à développer et pérenniser le réseau des « Centres experts », un collectif d’internes en psychiatrie avait publié une tribune dans L’Évolution psychiatrique, pour exprimer son désarroi face à « une psychiatrie qui préfère l’algorithme standardisé à la rencontre subjective. » Nous la relayons ici avec leur accord.

À quelles dérives idéologiques sommes-nous soumis dans le champ des soins psychiques ?

Nous sommes d’accord avec le professeur Golse pour dire que dans les mises en cause actuelles de la pédopsychiatrie, supposée pâtir de sa complicité avec la psychanalyse, ce n’est pas la psychanalyse qui est visée en premier lieu.

Ce qui est visé par ces attaques largement médiatisées, c’est une approche humaniste de la pédopsychiatrie et plus généralement de l’enfance. Rappelons que la pédopsychiatrie, tout comme la prise en compte de l’enfance comme objet de réflexion à part entière, ont une histoire relativement récente. Cette histoire s’est constituée au carrefour d’un grand nombre de disciplines : psychiatrie, neurologie, psychologie, sciences de l’éducation, pédiatrie, neuropédiatrie et plus tard neurobiologie.

Certes, la psychanalyse a pris part à cette histoire puisqu’elle a, la première, fait le pari de la rencontre singulière avec l’enfant – ses symptômes, sa souffrance, son environnement familial – considéré comme sujet à part entière à écouter. Elle a forgé ses outils pas à pas, dans une diversité de repérages, d’écoles peu à peu constituées, s’appuyant sur le partage de la clinique, la discussion et des élaborations théoriques jamais achevées. Comme pour toute discipline qui prétend à une rigueur, la pédopsychiatrie suscite des controverses, des discords. N’y en a-t-il pas en médecine ? Dans n’importe quelle discipline à visée scientifique ?

Pour autant, la psychanalyse – une pratique engageant la responsabilité toujours individuelle du clinicien s’y référant – n’a jamais prétendu recouvrir tout le champ de la pédopsychiatrie. Elle a continué, et continue, à évoluer côte à côte avec les disciplines susmentionnées, en prenant en compte les recherches scientifiques de son temps et les apports des sciences sociales, de l’anthropologie, de la philosophie ou de la linguistique. Un sujet humain n’est jamais réductible pour elle à un individu autodéterminé indépendant de son rapport à l’autre. Il est toujours inscrit dans une société, une langue, une culture, une histoire. Voire plusieurs. Il ne peut être réduit à ses capacités cognitives ni à ses émotions supposées provenir de son seul cerveau, sinon au prix d’une déshumanisation.

À côté de cette pluralité de références et d’approches, qui certes comme le disent les internes de psychiatrie dans leur tribune, « donne le vertige », l’abord unique aujourd’hui recommandé par nos tutelles, qualifié de « neurodéveloppemental », brille par sa simplicité. Elles le revendiquent d’ailleurs : les brochures désormais disponibles pour les parents[1], à effigie du Gouvernement et de Marianne, se réclament du label « FALC » : « méthode du Facile à Lire et à Comprendre.[2] »

Ce sont ces formulations univoques supposées scientifiques, truffées d’acronymes et de mots empruntés à un anglais globalisé et appauvri que notre académicienne Barbara Cassin a appelés le « Globish », que nous n’acceptons pas qu’on impose comme modèle unique de référence aux cliniciens de l’enfance. Ni dans les services de pédopsychiatrie, ni en cabinet, où il est à craindre que cette influence délétère se généralise. Ce modèle, avec le type de langage qu’il véhicule, non seulement met à mal la pensée et la parole, mais ne nous paraît pas apte à rendre compte de la complexité de l’enfance, du sujet humain tout court.

Réduire l’enfant en souffrance à une liste de « troubles » à rééduquer par des « programmes » de plus en plus standardisés nous apparaît comme une forme de violence.

À l’échelle de la HAS, un tel réductionnisme ne peut être passé sous silence. Cette tendance théorique majoritaire, neurobiologique et neuroscientifique réductionniste, a des relents totalitaires très préoccupants, puisqu’elle s’impose aux praticiens et détermine les politiques actuelles du soin psychique. Elle promeut une rigidification, des protocoles systématisés de soins psychiques prodigués aux enfants et adolescents, au nom de la science, alors que les preuves avancées ne sont pas, pour la grande majorité, avérées scientifiquement.

Comment ne pas s’alarmer de cette tendance, elle-même contestée par certains neurobiologistes, à réduire le sujet humain à un tout cerveau sans psychisme, ni subjectivité, ni inconscient ?

La violence n’est pas forcément là où on le croit…

Pour l’EPEP,

Nathalie Enkelaar, Louis Sciara, Marika Bergès-Bounes, Christian Rey et Jean-Marie-Forget.

DOSSIER :

[1] Par la Délégation Interministérielle à la stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement.

[2] (cf. le site www.inclusion-europe.eu/easy to read).