Contributions

Muriel Drazien – L’amour de transfert. La formation d’une analyste

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In Mes soirées chez Lacan réalisé par Cristiana Fanelli et Janja Jerkov et paru en 2011 au moment de la création de l’ALI-in-Italia.

Muriel Drazien, est née le  à New York et morte le  à Rome. Psychanalyste lacanienne française d’origine américaine elle était  membre de l’Association lacanienne internationale et a mené une activité clinique à Rome et à Paris. Elle a dirigé l’édition italienne du Dizionario di Psicanalisi. Lacan avait adressé une lettre, dite «La Lettre aux Italiens», à Armando Verdiglione et Giacomo Contri à Milan, à Muriel Drazien à Rome (trois analystes que Lacan appelait son tripode), leur exposant son souhait d’asseoir une école italienne rassemblée sous la bannière de la «Cosa freudiana»

 

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec la psychanalyse?

J’ai fait à la Columbia University des études de littérature, ce qui a été mon premier intérêt sérieux, première étape d’une longue série d’études. Arrivée en Europe avec une bourse Fullbright et un programme d’études sur André Gide et Dostoïevski, qui reliait mes études de russe avec le français, j’ai choisi comme Faculté de référence celle de Strasbourg, une ville que je ne connaissais pas. Comme je devais préparer une thèse à la Faculté de Lettres selon les termes de ma bourse, j’ai commencé à suivre les cours au programme de l’agrégation. À Columbia j’avais fini mes études avec une thèse sur Marcel Proust. À ma grande surprise, l’enseignement me paraissait de niveau bien inférieur à ce à quoi j’étais habituée, et surtout ennuyeux. Libre de partager mon temps entre un cours et l’autre, j’ai commencé à accompagner à ses cours une autre boursière, une psychologue américaine, qui suivait l’enseignement de psychopathologie à la Clinique psychiatrique de Strasbourg.

Je me souviendrai toujours de cette première leçon qui avait pour sujet l’épilepsie, et du Professeur René Eptinger qui tenait le cours, et je l’ai trouvé passionnant. J’ai commencé à suivre assidûment tous les cours à la Clinique : notamment le cours de psychopathologie de Lucien Israël et les présentations de malades du Chef de Service qui était un grand clinicien. Après quelque temps, mon intérêt s’est développé pour ce champ tout nouveau pour moi. À Columbia j’avais suivi un cours introductif, une propédeutique de psychologie qui, au contraire, ne m’avait pas intéressé du tout. C’était clairement la clinique qui m’attirait : le Réel, je dirais maintenant.

À un certain moment j’ai pris le taureau par les cornes et j’ai annoncé à mon directeur de thèse à la Faculté des Lettres que j’avais l’intention de changer l’orientation de mes études. Un choix qu’il est permis de faire à vingt ans.

J’ai décidé de m’inscrire en Psychologie en vue de la licence. Le cours principal, qui était tenu par Yvon Belaval, un grand nom de la philosophie et de la psychologie de l’époque, était terminé pour l’année ; mais j’ai pu quand même m’inscrire en Psychologie générale et Psychologie de l’enfant. Mon amie américaine, amie de toujours d’ailleurs, quittant Strasbourg pour Harvard où elle préparait un doctorat, m’a légué un manuel de psychologie. « Si tu apprends ce manuel » m’a dit-elle, « tu n’auras pas de problèmes avec les examens ». Elle avait raison. En même temps que je suivais les cours de psychologie, j’assistais à la présentation de malades.

À cette époque-là, beaucoup de jeunes gravitaient autour de Lucien Israël à la clinique. Je me souviens bien de Jean-Pierre Dreyfus, Marcel Ritter, André Michels, qui sont devenus psychanalystes, et d’autres, psychiatres chefs comme Jean-Jacques Kress. Certains finissaient leur médecine ou leur spécialisation, certains déjà en analyse, tous très passionnés par leur travail avec Israël. Le cours d’Israël se tenait dans un grand amphithéâtre qui était toujours bondé au point qu’on ne trouvait pas de place assise, parce que le cours était absolument extraordinaire. Israël parlait de psychanalyse, de Freud, de Lacan dans un contexte médical, dans un lieu de cure, à des étudiants, des internes, des professeurs — on n’avait jamais vu cela !

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